Sénégal: Abdoulaye Sally Sall, ce Sénégalais qui murmure à l'oreille des dirigeants gabonais

Dakar — Abdoulaye Sally Sall fait partie de ces nombreux émigrés sénégalais qui ont trouvé fortune et bâti leur notoriété au Gabon. Il s'est révélé au grand public en 2009, lors de la brouille entre l'opposant Macky Sall et le président Abdoulaye Wade.

Le président Wade le soupçonnait de financer les activités politiques de son ancien Premier ministre Macky Sall, auditionné pour cela à l'époque par la Sûreté urbaine de Dakar pour blanchiment de capitaux.

Les Sénégalais allaient découvrir cet homme d'affaires installé depuis 25 ans au Dernier Eden, surnom donné au Gabon, où il a créé des sociétés dans divers domaines : import-export, BTP, transit et logistique entre autres.

La Journée nationale de la diaspora, qui sera célébrée ce mercredi sous l'égide des nouvelles autorités, offre à l'APS l'occasion de retracer le parcours de cet homme d'affaires "Foutanké" qui a tracé sa voie au Gabon.

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En instituant une Journée nationale de la diaspora, jubile l'émigré, "le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a pris l'une des plus grandes décisions" de son magistère, a-t-il dit en recevant une équipe de l'Agence de presse sénégalaise (APS) dans son appartement situé en plein centre-ville de Dakar.

Dans ce petit pays d'Afrique centrale, le Gabon, riche en pétrole, Abdoulaye Sally Sall s'est fait un nom, s'est construit un réseau très solide d'amitié dans le monde des affaires. Il tape notamment dans l'oeil du défunt président gabonais, Oumar Bongo.

Il aurait même été l'un de ses conseillers. Une thèse que le principal concerné ne veut ni confirmer ni infirmer.

Il consent juste à déclarer : "Les présidents Bongo-père et Bongo-fils ont été de grands amis du Sénégal, ils avaient beaucoup de considération pour moi et m'adulaient. C'est la même chose avec l'actuel président, Brice Clotaire Oligui Nguema", affirme-t-il un tantinet cachotier.

A l'image de beaucoup de jeunes du Fouta, ce natif de Boyinadji, village situé dans la commune de Nabadji Civol (nord), a très tôt pris le chemin de l'émigration en se rendant en Côte d'Ivoire. On était en 1982 et il n'avait alors que 16 ans.

"Le Fouta est une zone d'émigration. Nous tous avons a été pris par cette vague de départs à l'extérieur du pays. Nous avons fait comme nos grands-parents et nos parents. Mais moi, j'ai été inspiré par l'un de mes grands frères, Samba Oumar Sall, qui est décédé, malheureusement, dans son jeune âge. Il m'a inspiré et beaucoup aidé. Et si j'en suis là aujourd'hui, c'est bien grâce à lui", a confié M. Sall.

Il se pose en Côte d'Ivoire juste le temps de faire quelques petites économies avant de rallier, en 1984, le Gabon, après un bref transit au Cameroun.

Comme tout bon émigré sénégalais en Afrique centrale, Sall se lance dans le petit commerce. Il rencontre très rapidement le succès.

La baraka aidant, il crée petit à petit des sociétés et structure ses activités qui interviennent dans divers domaines.

Son empire s'agrandit avec la création de l'entreprise Big Trans (Bureau international gabonais du transit) spécialisée dans le transit et la logistique.

"Cette société est très bien connue au Gabon et au niveau de toute l'Afrique centrale. On était correspondant de beaucoup d'entreprises maritimes ou de sociétés connexes dans le transport et le fret maritime, que ce soit Delmas ou Maersk Line", a-t-il indiqué.

A l'avènement de son ami Macky Sall à la magistrature suprême, il est nommé conseiller personnel du président de la République avant d'être élu maire de la commune de Nabadji Civol.

"N'empêche, le Gabon reste toujours ma base et mon lieu de résidence. C'est à partir de ce magnifique pays que j'ai fait la plupart des pays du monde entier à la recherche de ma voie", clame ce presque sexagénaire.

"La Maison du Thiep" et une chaine hôtelière à Matam

Après un intermède de quelques années en raison de ses charges à la présidence de la République, cet émigré dans l'âme a décidé de se réinstaller en Côte d'Ivoire, un pays qu'il dit affectionner beaucoup et qu'il fréquente depuis une quarantaine d'années.

"Je me suis installé [en Côte d'Ivoire] avec quelques amis sénégalais d'origine libanaise pour créer une industrie de production de jus et d'eau minérale. A la suite de cela, nous avons créé aussi un réseau de restauration pour produire le Thiep, [un plat] très apprécié à travers le monde. Ensuite, nous avons créé le restaurant 'La Maison du Thiep' avec des ressources humaines sénégalaises et ivoiriennes", renseigne l'homme d'affaires.

Il souligne que "La Maison du Thiep" fait aujourd'hui "la fierté du Sénégal" tout entier à travers le monde.

"Nous sommes en train de faire la même chose à Nairobi, au Kenya, avec toujours des ressources humaines sénégalaises qui sont capables de faire un Thiep sophistiqué. Le Thiep est un plat traditionnel sénégalais, mais il faut quand même l'organiser. Et très franchement, sans tirer la couverture à nous, nous avons réussi", se réjouit ce polyglotte qui s'exprime dans un français châtié, alors qu'il n'a jamais fréquenté l'école française.

Grâce à ses biens acquis au Gabon, il est à la tête d'une chaine hôtelière dans la région de Matam. Il a construit les deux plus grands hôtels de la onzième région du Sénégal.

L'un compte 40 chambres et l'autre 60. Ce qui, selon lui, règle "définitivement" le problème de l'hébergement dans cette partie du Sénégal.

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