Sénégal: Centenaire de Frantz Fanon - Ousmane Sonko appelle à une souveraineté totale des consciences africaines

18 Décembre 2025

Le Premier ministre Ousmane Sonko a livré, ce mercredi au Musée des Civilisations noires, un discours de haute portée politique, intellectuelle et symbolique à l'ouverture du Colloque international commémorant le centenaire de Frantz Fanon.

Au nom du Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, il a souhaité la bienvenue aux participants venus d'Afrique, des Caraïbes, du Maghreb, d'Europe et d'Amérique, rappelant que le Sénégal demeure une « terre africaine de dialogue, de dignité et de résistance ».

Rendant hommage à Frantz Fanon, né en 1925 à Fort-de-France, le chef du gouvernement a souligné l'actualité brûlante de sa pensée : « Sa vie fut brève, mais son œuvre immense. Fanon n'est pas seulement un héritage africain : il est une promesse inachevée que notre continent doit assumer et transformer en actes. » Selon lui, si la pensée fanonienne demeure si vivante, c'est parce que « notre siècle n'a pas encore guéri des blessures qu'il avait su nommer ».

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Justifiant le choix de Dakar, Ousmane Sonko a décrit la capitale sénégalaise comme un « carrefour de l'Afrique résistante », un « laboratoire » intellectuel et politique inscrit dans l'héritage de Cheikh Anta Diop, Alioune Diop et des grandes figures des humanités noires. « Dakar n'est pas seulement un espace géographique : c'est une mémoire », a-t-il affirmé, estimant que Fanon y trouve une résonance naturelle.

Le Premier ministre est longuement revenu sur Fanon le psychiatre, pour qui la colonisation était une pathologie profonde. « Fanon nous a appris qu'une indépendance qui ne libère pas les consciences n'est qu'un décor renouvelé », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité d'une « réparation psychique » des sociétés africaines. « La désaliénation est une politique publique. La désaliénation est un projet national. La désaliénation est une condition de la souveraineté », a martelé Ousmane Sonko.

Abordant Fanon le politique, il a dénoncé la confiscation des indépendances par des élites nationales devenues, selon l'expression de Fanon, des relais du système colonial. « L'indépendance politique n'a pas suffi. Elle a hissé nos drapeaux, mais elle n'a pas libéré nos économies », a-t-il déclaré, pointant la persistance des mécanismes de dépendance, notamment monétaires. Sur ce terrain, il a été sans détour : « Changer de nom sans changer de logique n'est pas une révolution -- c'est un rebranding de la dépendance. »

Ousmane Sonko a évoqué Fanon l'humaniste en appelant la jeunesse africaine à assumer sa responsabilité historique : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l'accomplir ou la trahir. »

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.