Afrique: CAN 2025 - Casablanca, les fresques et la fête de l'Afrique

18 Décembre 2025

Casablanca est une ville marquée par la rivalité entre le Wydad Athletic Club (WAC) et le Raja. Elle l'est aussi par les hauts faits de deux Sénégalais : Moussa Ndaw et Salif Diagne. À quelques heures de l'ouverture de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), la métropole marocaine met en avant son africanité et sa connaissance du Sénégal, rival annoncé pour la victoire finale.

« Mané a beaucoup de money », lance en souriant Adil (nom d'emprunt), gardien du stade Mohammed-V de Casablanca, qui accueille plusieurs matches de la CAN 2025. « Il paraît qu'il fait beaucoup de social dans votre pays. » Le préposé à la sécurité de cette gigantesque infrastructure sportive de 45 000 places est un fin connaisseur du sport, et plus particulièrement du football sénégalais.

« Quel joueur, Moussa Ndaw ! », s'enthousiasme-t-il en évoquant l'attaquant sénégalais qui a évolué au Wydad Athletic Club de 1989 à 1993, remportant trois championnats du Maroc et une Ligue des champions de la CAF en 1992. Adil se remémore les exploits de l'ancien joueur de la Jeanne d'Arc de Dakar : « Quelle frappe de balle ! À chaque coup franc, il y avait presque but. Lui et Sadio Mané ont marqué le football sénégalais pour nous, amoureux du ballon rond à Casablanca. »

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La soixantaine grisonnante, lunettes de soleil sur le nez, parka siglée SOS Sécurité sur le dos, le sourire éclaire ce visage avenant, capable d'accueillir et d'échanger, mais aussi de se montrer ferme. Pour des raisons de sécurité, la visite du stade n'est pas autorisée. « On est prêts, il reste juste quelques travaux à finaliser », rassure un responsable de l'équipe technique, qui interrompt notre parcours dans l'enceinte sportive.

Koutem, l'amoureux du Sénégal

Si tout n'est peut-être pas encore totalement achevé, l'essentiel est prêt pour accueillir l'Afrique du football dans cette ville où modernité et traditions se conjuguent harmonieusement. Les grandes artères de Casablanca revêtent leurs habits de fête pour un événement que les Marocains ambitionnent de transformer en sacre impérial. À l'image de Napoléon, qui s'était couronné lui-même le 2 décembre 1804, le Maroc rêve d'être sacré chez lui.

« On aime le Sénégal, mais la coupe va rester au Maroc », tel est le refrain qui revient chez les habitants du Royaume chérifien rencontrés depuis deux jours à Casablanca. Parmi eux, Koutem Jamà. « Jamà, parce que je suis né un vendredi, une déformation de Jummah », explique ce petit bout d'homme dont la générosité crée immédiatement une proximité naturelle.

« Je parie sur une victoire du Maroc, même si le Sénégal est mon deuxième pays », confie-t-il, avant de citer les présidents sénégalais depuis Léopold Sédar Senghor et de glisser quelques mots en wolof : « Na nga def », « Goor », « Jigéen ». Il sourit en évoquant une certaine « Adja Rokhaya de Saint-Louis » qui venait à Fès rendre visite à sa famille.

Koutem Jamà rêve d'une finale Maroc vs SénégalCes liens nourrissent sa foi en l'Afrique et son intime conviction de l'appartenance du Maroc au continent. « Nous allons organiser une belle fête pour l'Afrique », prophétise-t-il devant le bâtiment destiné à l'accueil des journalistes, sur la place Socrate. À l'angle des rues Socrate et Ali Abderrazak se déploient une, deux, trois, quatre, cinq fresques monumentales.

Les fresques de la fête

Ces œuvres s'inscrivent dans l'ouverture assumée du Maroc vers toute l'Afrique. Elles inaugurent une série artistique puissante : ici, un enfant vêtu de vert, jaune et rouge ; là, des cercles concentriques avec l'Afrique au centre. Dans un dessin presque futuriste apparaissent la savane, le Sahara, le désert. La faune se devine, la lune éclaire l'ensemble, conférant à la scène une atmosphère à la fois onirique et symbolique.

Sur l'une des fresques, une coupe trône en majesté, entourée d'un masque africain, d'un ballon de football, d'une colombe, d'une chaussure de sport, d'un autel surmonté de cabris noirs, d'un lion et d'autres symboles forts des cultures arabo-musulmanes et africaines. L'écusson de la Fédération royale marocaine de football vient parachever l'ensemble, imposant le tempo vers le 21 décembre, date d'ouverture de la 35e édition de la Coupe d'Afrique des Nations.

Une autre fresque attire particulièrement l'attention : un maillot vert-jaune-rouge, un short vert barré de deux lignes rouge et jaune. La scène se déroule dans un stade. Le personnage, les mains dans les poches, le regard fixé à l'horizon, semble attendre. Les gradins, prêts à vibrer, déclinent des teintes bleu et blanc, soulignées d'un parement jaune. L'inscription « Casablanca » s'étire sur les tribunes, donnant l'impression d'être à l'intérieur du Complexe Mohammed-V.

Un horizon ouvert

Entre le passage incessant des bus, des voitures rutilantes, des Vespa et autres deux-roues, le site se situe à quelques encablures du quartier de Maârif et du Complexe sportif Mohammed-V, précisément en zone 1, tribune ouest. Le soleil est au zénith. Aucun nuage à l'horizon, aucune ombre pour tempérer la lumière.

Le Maroc est prêt à accueillir l'Afrique, cette Afrique à laquelle il revendique son appartenance : des racines solidement ancrées sur le continent et des branches tournées vers l'Occident et l'Europe.

Au bout de la rue Brahim Ennakhi se dresse la Maison d'Asa. Esprit de fête, esprit de bien-être. Le slogan n'est pas qu'une formule : c'est une philosophie vécue, faite de foi, de conviction et d'une volonté affichée de bien faire.

À quelques heures d'un rendez-vous majeur avec son africanité, le Maroc s'apprête à célébrer une identité qui se raconte, se partage et s'assume pleinement.

Autour, la vie continue. Les passants défilent : certains font leur footing, d'autres discutent à gorge déployée. Sourires, concentration, vigilance. La police et la Sûreté nationale sont présentes, tout comme les véhicules de la Radiotélévision nationale. Bus et voitures encerclent le Complexe Mohammed-V.

L'Afrique est là, en mouvement et en esprit, prête à être accueillie.

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