Démissions forcées, renoncements précipités et départs revendiqués au nom de l'intégrité... Plusieurs nominés dans des institutions clés du pays - banques, aviation, lutte contre la drogue, régulation économique ou tourisme - auront marqué l'actualité récente.
Ces épisodes successifs sont révélateurs des tensions persistantes sur la gouvernance, entre conflits internes et soupçons d'ingérence politique.
⚫ Rama Sithanen
Ancien ministre rouge et proche du Premier ministre Navin Ramgoolam, Rama Sithanen a démissionné comme gouverneur de la Banque de Maurice (BoM) et président de la Financial Services Commission, fin septembre, après des polémiques, notamment au sujet de son fils, Tevin. Ce départ a eu lieu dans un climat tendu, marqué par des conflits avec Gérard Sanspeur, Second Deputy Governor de la BoM, et une dispute avec Rundheersing Bheenick sur la présidence de la SBM Bank. Chid Rughoobar, syndicaliste suspendu sous sa direction, a aussi alimenté la contestation.
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⚫ Kishore Beegoo
Président du conseil d'administration d'Air Mauritius (MK), Kishore Beegoo a annoncé sa démission le 24octobre. Il a précisé avoir pris cette décision après une réunion du conseil d'administration et en avoir informé le Premier ministre. Son départ s'inscrivait, dit-il, dans un climat de pressions politiques «incompatibles» avec sa conception de la bonne gouvernance. Il avait affirmer vouloir préserver son intégrité professionnelle et éviter tout risque d'enquête de la Financial Crimes Commission. Il a mis en cause le PM adjoint, Paul Bérenger, accusant ce dernier d'entrave au fonctionnement de MK.
⚫ Junaid Fakim
Spécialiste du droit des affaires reconnu pour son expertise en trusts, transactions transfrontalières, restructurations, ainsi qu'en licences financières, droit du travail et conformité réglementaire, Me Junaid Haroon Fakim avait été nommé commissaire de la FCC, le 5 août. Sa nomination avait été présentée comme un atout pour la lutte contre la criminalité financière et la crédibilité institutionnelle du pays. Toutefois, après de graves allégations formulées contre lui dans l'affaire Ravatomanga, il avait démissionné le 25 octobre et avait été arrêté sous des charges provisoires de «public official using his office for gratification» et «breach of confidentiality».
⚫ Sam Lauthan
Nommé président de la National Agency for Drug Control (NADC) en juin, Sam Lauthan a démissionné il y a quelques jours. Le PM adjoint, Paul Bérenger, a évoqué un «nouveau départ» pour l'agence, appelant à une mobilisation accrue des jeunes, à travers le sport et l'engagement citoyen, dans la lutte contre la drogue. Il n'a pas souhaité faire de commentaire mais des rumeurs de départ avaient circulé en novembre, rumeurs qu'il avait démenties. La NADC avait été créée et dotée de pouvoirs élargis en matière de prévention, de traitement et de réinsertion sociale des usagers de drogues.
⚫ Claire Le Lay et Avinash Teelock
À la tête de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), Claire Le Lay, présidente du board, et Avinash Teelock, directeur général, ont été révoqués à quelques heures d'intervalle dans un contexte de fortes tensions avec le ministère du Tourisme. Le mandat de Claire Le Lay, nommée le 31 janvier 2025, a été résilié en vertu de l'article 5(3)(b) de la MTPA Act. Un board spécial a ensuite résilié le contrat d'Avinash Teelock, nommé le 30 mai 2025. Un désaccord à la veille du World Travel Market à Londres a été le point de rupture, qu'ils considèrent comme «une décision précipitée et politique».
⚫ Gérard Sanspeur
L'ancien Second Deputy Governor de la BoM a quitté ses fonctions en août après un conflit ouvert avec Rama Sithanen et de profonds désaccords sur la gouvernance interne. Il avait dénoncé de présumées modifications de procès-verbaux du conseil d'administration et l'ingérence d'un proche du gouverneur dans des décisions stratégiques. Gérard Sanspeur avait aussi évoqué l'existence d'un enregistrement «compromettant» pour le gouverneur et s'était opposé à une cession de terrain au groupe Sotravic, affirmant avoir subi de fortes pressions. Il avait officialisé sa démission puis porté plainte auprès de la Financial Crimes Commission puis eu une conversation téléphonique avec le Premier ministre.
⚫ Frédéric Curé
Nommé président du conseil d'administration d'Airport Holdings Limited (AHL) en août, dans le sillage des critiques de Paul Bérenger à l'encontre de Kishore Beegoo, Frédéric Curé, gendre du leader du MMM, a finalement choisi de ne pas accepter le poste, après une pluie de critiques visant sa nomination et sa personne. Manifestement, il ne disposait ni des compétences ni de l'expérience requises dans le domaine, contrairement à Megh Pillay.
Membre du comité central du MMM, il n'avait pas obtenu de ticket électoral, tout comme la belle-soeur de Paul Bérenger, Danielle Perrier, devenue, elle, haute-commissaire au Mozambique. Frédéric Curé avait maladroitement tenté de convaincre que son lien familial ne constituait ni un avantage ni un handicap, insistant sur la séparation entre vie privée et engagement politique.
Quelques jours plus tard, il devait toutefois changer d'avis, après une campagne qualifiée de «malsaine et injuste», dénonçant le népotisme.
⚫ Nabiihah Juman
En août, Nabiihah Juman, fille du député rouge Ehsan Juman, a annoncé qu'elle renonçait à la Competition Commission, moins d'une semaine après sa nomination. Dans un message sur les réseaux sociaux, elle avait exprimé sa gratitude pour la confiance qui lui avait été accordée, précisant avoir accepté cette fonction à titre bénévole dans un esprit de service du pays. Mais, face aux critiques et polémiques sur les réseaux sociaux, elle avait expliqué que son intégrité personnelle et l'honneur de sa famille devaient primer. Par ce geste, elle a mis en avant un principe qu'elle juge fondamental, affirmant que l'intégrité restait «une valeur non négociable».