Ile Maurice: Radhakrishna Sadien - «La classe moyenne s'appauvrit de plus en plus»

21 Décembre 2025

À l'aube de l'année 2026, les syndicats dressent un bilan sévère de l'année écoulée et formulent de fortes attentes à l'égard des autorités. Pour le syndicaliste Radhakrishna Sadien (photo), 2025 restera comme une année marquée par un profond mécontentement social, alimenté par des décisions jugées injustes et une dégradation continue du pouvoir d'achat.

Selon lui, le report de l'âge d'éligibilité à la Basic Retirement Pension (BRP) de 60 à 65 ans a été vécu comme un choc par une large frange de la population. Cette décision est intervenue dans un contexte où le coût de la vie a continué de grimper «de façon vertigineuse», sans que des mesures suffisamment fortes ne soient mises en place pour protéger les consommateurs. «La classe moyenne s'appauvrit de plus en plus», déplore-t-il, pointant une réalité sociale devenue préoccupante.

La situation s'est aggravée avec l'absence de compensation salariale et aussi l'absence du 14e mois aux employés gagnant plus de Rs 50 000 par mois. Une décision qui, selon le syndicaliste, a accentué le sentiment d'injustice. Il estime, par ailleurs, que le taux de compensation aux autres travailleurs demeure insuffisant face à l'inflation et la dépréciation de la roupie, évaluée à près de 46 % depuis cette décision. «Un salaire de Rs 50 000 hier équivaut aujourd'hui à environ Rs 75 000 par mois», souligne-t-il, rappelant que la classe moyenne, souvent lourdement endettée, reste la grande oubliée des politiques publiques.

Parmi les autres défis à relever en 2026, le syndicaliste cite entre autres la sécurité dans le pays, l'érosion des valeurs, la mise en oeuvre effective du rapport du Pay Research Bureau, l'introduction du Right to Recall des membres du Parlement, la protection de l'environnement, la promotion de la méritocratie et l'indépendance des comités disciplinaires. La bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et les crimes financiers, ainsi que les pratiques de recrutement et de rétention dans la fonction publique figurent également en tête des priorités, sans oublier la situation des travailleurs migrants.

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Radhakrishna Sadien dénonce aussi l'utilisation, par certaines entreprises, comme Air Mauritius (MK), des dispositions de la Workers' Rights Act 2019 pour contourner la protection des salariés percevant plus de Rs 50 000 par mois. «Cette politique est injuste. La loi devrait s'appliquer à tous, sans restriction de salaire», affirme-t-il, rappelant que le texte prévoit pourtant que rien n'empêche un employeur d'offrir une rémunération ou des conditions de travail plus favorables que celles prévues par la réglementation.

Mettre fin aux gaspillages

Autre revendication majeure des syndicats est l'instauration d'une véritable négociation collective dans la fonction publique, aujourd'hui inexistante. Ils appellent à mettre fin aux gaspillages et aux pratiques de mauvaise gouvernance dans les différents départements, et souhaitent la création d'une instance incluant les syndicats pour examiner les rapports d'audit et proposer des mesures correctives.

L'excès de matérialisme et la montée de l'égoïsme, dit-il, fragilisent les valeurs du pays. Le bienêtre national ne se limite pas au revenu par habitant, mais repose sur une distribution équitable de la richesse, garante de la paix sociale et de l'investissement. Il appelle donc les dirigeants à montrer l'exemple par la bonne gouvernance, la méritocratie et le service public.

Enfin, Radhakrishna Sadien se dit impatient face à la situation chez MK. Il dénonce l'attitude «déshumanisée» de certains responsables des ressources humaines et des sanctions «excessives», allant jusqu'au licenciement d'employés comptant des décennies d'expérience. Pour 2026, les syndicats réclament le rétablissement rapide de relations industrielles saines et le comblement des postes vacants, dans l'intérêt des travailleurs et de l'économie nationale.

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