Ile Maurice: Une arme blanche découverte dans la chambre d'un mineur

20 Décembre 2025

Les ennuis s'enchaînent au shelter Cap l'Espoir. À peine deux semaines après une violente altercation entre deux mineurs, au cours de laquelle l'un d'eux avait été blessé à l'oeil gauche, un nouvel incident, jugé plus grave, s'est produit au sein de l'établissement. Un couteau a été retrouvé en possession d'un enfant, dissimulé dans l'armoire de sa chambre.

Selon nos informations, jeudi, vers 17heures, pendant que les enfants se trouvaient dans la cour, occupés à jouer au football, une dispute a éclaté entre deux mineurs, Raphaël* et Louis*, les mêmes protagonistes impliqués dans la bagarre survenue deux semaines plus tôt. Des échanges d'insultes auraient dégénéré avant l'intervention rapide des carers, qui sont parvenus à calmer la situation.

La tension ne s'est toutefois pas apaisée dans la soirée. Raphaël se serait confié à l'un des carers, affirmant que d'autres enfants complotaient contre lui. Plus inquiétant, il aurait signalé que Louis était en possession d'un couteau. «Miss, Louis ena enn couteau ki bien fite avec li», aurait-il déclaré. Interrogé sur l'origine de cette information, Raphaël aurait précisé que Louis l'avait menacé en ces terme «To pou vinn avek koudpwin, mwa mo pou vinn avek kouto.» Selon nos recoupements, ces éléments sont consignés dans l'Occurrence Book de l'établissement.

Après ce signalement, un carer est allé vérifier l'armoire de Louis, où il a trouvé le couteau en question. L'objet a été discrètement rangé, sans que l'enfant ne soit informé sur le moment. Cette découverte a renforcé le climat de peur déjà palpable au sein du shelter.

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Provocations et indifférence

Dans la soirée, les tensions ont persisté. Selon nos informations, certains enfants auraient volontairement mouillé le lit de Raphaël, dans une tentative de provocation. Des carers évoquent une volonté manifeste de déclencher un affrontement généralisé dans l'établissement. Une intervention a toutefois permis d'apaiser les esprits et d'envoyer les enfants se coucher.

Après la découverte du couteau, les carers ont tenté de joindre les responsables hiérarchiques afin de signaler la gravité de la situation. Le manager du shelter n'aurait pas répondu aux appels, tout comme d'autres responsables contactés. Ce n'est que plus tard dans la soirée que le coordinateur de Cap l'Espoir aurait pris l'appel. Face à l'inquiétude exprimée par les carers, qui s'interrogeaient sur la présence éventuelle d'autres armes au sein du foyer et demandaient s'il fallait alerter la police, le coordinateur aurait donné l'instruction de ne pas contacter les forces de l'ordre.

Un autre élément soulève de sérieuses interrogations : l'origine du couteau. Selon nos informations, à l'arrivée des enfants à Cap l'Espoir, des consignes auraient été données aux carers de ne pas fouiller les sacs des mineurs et de les laisser s'installer comme des grands. Le couteau proviendrait ainsi du précédent shelter où résidaient les enfants. Louis l'aurait transporté avec ses effets personnels. Un carer nous confirme qu'il leur est interdit d'ouvrir les armoires des enfants, ceux-ci étant considérés comme suffisamment grands pour gérer leurs affaires.

Depuis cet incident, les carers disent craindre pour leur sécurité. L'un d'eux témoigne : «Les responsables sont chez eux en train de dormir. C'est nos vies qui sont en danger. Depuis, rien n'a été fait. C'est très difficile de travailler dans ces conditions. La ministre avait fait des promesses que les choses allaient changer, mais rien ne bouge. Faut-il attendre qu'un drame plus grave se produise pour agir ? Si une dispute éclate et qu'un enfant nous attaque avec un couteau, c'est nous qui allons en payer le prix. La sécurité des enfants est primordiale, mais celle des carers l'est tout autant.»

D'autres problèmes de sécurité persistent à Cap l'Espoir. Selon nos informations, plusieurs enfants parviennent à escalader la clôture de l'établissement. Il était initialement prévu de rehausser le mur afin d'empêcher ces escapades, mais ces travaux n'auraient jamais été réalisés. Des éléments de fencing ont bien été ajoutés, mais les enfants parviennent à les franchir.

Sollicité, le ministère de l'Égalité des genres et du Bien-être de la famille confirme avoir été informé de l'incident jeudi soir et qu'il s'agit du même mineur impliqué dans le précédent incident survenu deux semaines plus tôt.

Une enquête est en cours afin de déterminer comment l'enfant s'est retrouvé en possession du couteau. Le ministère indique également que la fouille de l'armoire de l'enfant a été effectuée en sa présence. Selon le ministère, la National Children's Council (NCC) avait pour consigne d'alerter la police en cas de d'aggravation de la situation. Les carers ont toutefois estimé que le calme était revenu et que les enfants étaient couchés. Néanmoins, d'après les informations consignées dans l'Occurrence Book, c'est une responsable du shelter qui aurait donné instruction de ne pas informer la police.

Le ministère ajoute que, des mesures de sécurité supplémentaires auraient été prises, notamment la mise en lieu sûr des ustensiles de cuisine, dont les couteaux. L'enfant concerné doit comparaître devant un magistrat ce lundi. Les autorités détermineront ensuite les mesures à prendre à son sujet.

* Noms fictifs

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