Ile Maurice: Croissance à 3,2 % en 2025 - Une économie qui avance sans accélérer

22 Décembre 2025

Les dernières statistiques des National Accounts confirment un tournant pour l'économie mauricienne. Après une croissance soutenue de 4,9 % en 2024, le produit intérieur brut (PIB) devrait progresser de seulement 3,2 % en 2025. Ce ralentissement peut s'expliquer en partie par la fin du rebond post-pandémie. Mais dans le contexte économique et politique actuel, il soulève de réelles inquiétudes. Une croissance autour de 3 % permet surtout de maintenir la situation existante.

Elle ne suffit pas, selon les experts, pour financer en même temps la modernisation des infrastructures, la transition énergétique, l'amélioration de la formation et des compétences, ainsi que la réponse aux pressions sociales de plus en plus fortes. Pour un petit pays insulaire confronté au vieillissement de sa population, à une concurrence internationale accrue et à un environnement mondial plus instable, le défi est considérable.

En 2025, la croissance restera largement tirée par les services. Les activités financières et d'assurance apporteraient à elles seules 0,6 point de croissance. Le commerce de gros et de détail ainsi que l'agriculture contribueraient chacun à hauteur de 0,4 point, tandis que le transport et l'entreposage ajouteraient 0,3 point, portés par la reprise du tourisme et des échanges commerciaux. Cette structure montre que l'économie dépend toujours de secteurs déjà bien développés. Or, ces secteurs offrent peu de marges pour augmenter fortement la productivité ou créer de nouvelles sources de croissance à long terme.

Derrière ces chiffres globaux se cachent de fortes différences. L'agriculture et la pêche enregistreraient une croissance de 7,8 %, grâce surtout aux cultures hors sucre. Cependant, la production de sucre reculerait encore de 8,6 %, pour tomber à environ 215 000 tonnes, illustrant les difficultés persistantes d'un secteur autrefois central pour l'économie mauricienne. Le secteur manufacturier, lui, resterait en difficulté. Sa croissance ne dépasserait pas 1,5 %, pénalisée par le recul du textile et la faiblesse des exportations.

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La fin de l'accord commercial de l'African Growth and Opportunity Act en septembre, entraînant l'introduction d'une nouvelle politique tarifaire américaine imposant jusqu'à 30 % de droits de douane sur les produits textiles, devrait encore fragiliser ce secteur clé.

Le signal le plus préoccupant concerne l'investissement. Après une forte hausse de 13,3 % en 2024, le secteur de la construction devrait reculer de 2,1 % en 2025, malgré la poursuite de grands projets publics et immobiliers. Ce retournement suggère un essoufflement plus général de l'investissement, souvent annonciateur d'un ralentissement durable de l'économie.

Les chiffres de l'investissement global confirment cette tendance. La formation brute de capital fixe, qui mesure les investissements publics et privés, reculerait de 3,9 % en 2025, après une hausse de 8,3 % l'année précédente. L'investissement privé diminuerait de 3,3 %, tandis que l'investissement public chuterait plus fortement encore, de 6,5 %. Le taux d'investissement tomberait ainsi à 19,6 % du PIB, contre 21 % en 2024, un niveau jugé insuffisant pour engager une véritable transformation économique.

La demande intérieure montre également des signes de ralentissement. La consommation des ménages et de l'État progresserait de 2,6 % en 2025, contre 3,9 % en 2024. Cela reflète à la fois un affaiblissement du pouvoir d'achat et une politique budgétaire plus prudente. En valeur, les dépenses de consommation atteindraient Rs 615,5 milliards cette année, en hausse de 6,1 %. L'épargne nationale représenterait 17,2 % du PIB, en légère amélioration, mais ce niveau reste trop faible pour financer davantage d'investissements sans recourir à l'endettement ou aux capitaux étrangers.

À 3,2 %, la croissance constitue un minimum de stabilité, mais ne peut pas servir de moteur à une transformation en profondeur. Le véritable défi sera de profiter de ce ralentissement pour repenser les priorités économiques. Faute de quoi Maurice risque de s'installer durablement dans une trajectoire de croissance trop faible pour relever les défis structurels qui s'accumulent.

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