Cameroun: Bras de fer entre les avocats et le gouvernement sur le bilan des violences postélectorales

La Cour suprême du Cameroun (Archives)

Au Cameroun, le gouvernement a rendu publics, lundi 22 décembre, ses chiffres sur les arrestations liées aux manifestations postélectorales. Une annonce qui a aussitôt déclenché un bras de fer entre les autorités et le barreau. D'un côté, le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, félicite les forces de l'ordre et balaie les critiques, qu'il qualifie de simples « fake news ». De l'autre, le bâtonnier de l'Ordre des avocats conteste ces chiffres officiels et dénonce des atteintes répétées aux droits de la défense.

Au Cameroun, selon le ministre, le bilan définitif fait état de 19 morts et de 1 985 personnes interpellées. À l'issue des procédures judiciaires, 615 personnes ont été libérées, tandis que 963 détenus ont été déférés devant les juridictions compétentes. « Des chiffres exacts », a insisté le ministre, et qui sont contraires à ceux communiqués par certains avocats qu'il a qualifiés de « fake news ». Il a mis en garde les avocats contre les évaluations et critiques formulées sur les plateaux de télévision et de radio.

« Monsieur le Bâtonnier, nous avons pris la décision de rassembler et de comptabiliser tous les propos irresponsables de vos confrères avocats sur les plateaux de télé et que, le moment venu, les autorités judiciaires seront saisies », a-t-il indiqué.

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Particulièrement indexée, l'avocate Alice Nkom, désignée comme la porte-parole de l'opposant Issa Tchiroma Bakary, a été accusée de poser des actes « hors-la-loi », notamment par l'usage abusif des symboles et des armoiries de la République dans ses communiqués.

Mise en place d'une commission mixte

En réponse, le bâtonnier a souhaité la mise en place d'une commission mixte, chargée de vérifier et de croiser les chiffres du gouvernement avec ceux dont dispose le barreau. Il affirme que des chiffres et des noms étaient disponibles, citant le cas d'un homme tué loin des manifestations au quartier Logbessou, à 12 km de Douala.

Concernant la mise en garde adressée aux avocats quant à leur prise de parole dans les médias, le bâtonnier a demandé à être officiellement saisi afin, le cas échéant, d'ouvrir une enquête disciplinaire.

Il a enfin rappelé deux principes fondamentaux : le droit de manifester, qu'il qualifie « d'inaliénable », et l'usage de la force par les autorités, qui doit être « proportionnée ».

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