La demande de remise en liberté conditionnelle de Mamy Ravatomanga a donné lieu, hier, à une audience particulièrement fournie devant la Bail and Remand Court. Pendant presque trois heures, la Financial Crimes Commission (FCC) et la défense se sont affrontées sur fond de soupçons de blanchiment d'argent, de trafic d'influence et d'entrave à la justice. Détenu à la prison de haute sécurité de Melrose, l'homme d'affaires malgache a suivi les débats en visioconférence, assisté par Meᣵ Joy Beeharry et Khushal Lobine.
D'entrée de jeu, l'inspecteur Jokhoo, principal enquêteur de la FCC, a maintenu une opposition ferme à toute libération sous caution. Trois motifs ont été invoqués : le risque de fuite, d'ingérence auprès de témoins ou suspects et d'obstruction à la justice. Interrogé par Me Trishul Naga, avocat de la FCC, l'inspecteur Jokhoo a retracé la genèse de l'enquête, amorcée à la suite de l'atterrissage, le 12 octobre, d'un jet privé lié au groupe Sodiat, dont Mamy Ravatomanga serait le bénéficiaire ultime.
Selon la FCC, les investigations ont révélé un réseau complexe de transactions financières jugées suspectes, impliquant 38 entités ou sociétés liées à l'accusé à Maurice. Des montants dépassant Rs 858 millions auraient transité par plusieurs comptes bancaires. L'enquêteur évoque également l'utilisation d'une société seychelloise pour négocier, à Madagascar, des avantages fiscaux et administratifs, avantages qui auraient été obtenus par trafic d'influence.
La fameuse réunion du 14 octobre à Quatre-Bornes constitue l'un des piliers de l'opposition à la liberté conditionnelle. D'après la FCC, cette rencontre, documentée par des données extraites de téléphones portables et corroborée par les déclarations de plusieurs protagonistes, aurait été organisée afin d'influencer le cours de l'enquête alors que des actions de la FCC étaient en préparation.
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Cette réunion fonde le troisième chef d'accusation provisoire, soit un complot en vue de commettre une infraction de trafic d'influence. La défense a vivement contesté cette lecture. Me Joy Beeharry a dénoncé un «effet de surprise», soutenant que plusieurs accusations exposées à l'audience n'avaient jamais été formellement soumises à son client lors de ses interrogatoires. Elle a également remis en cause la crédibilité de certains plaignants, évoquant leur passé judiciaire, leur statut d'exilés politiques et l'utilisation d'informations provenant d'enquêtes étrangères, notamment françaises, classées sans suite.
Sur le risque de fuite, la défense a relativisé les moyens logistiques prêtés à l'accusé. Le jet privé est immobilisé à l'aéroport SSR et placé sous surveillance policière. Mamy Ravatomanga ne détient ni licence de pilote ni permis maritime et a déjà été interrogé à plusieurs reprises sans tenter de se soustraire à l'enquête. L'audience a été ajournée à ce matin à 9 h 30. Outre la poursuite du contre-interrogatoire de l'inspecteur Jokhoo, la défense a indiqué qu'un témoin sera appelé à la barre.