Sénégal: Déplacé de retour en Casamance - Zakaria Diédhiou, le solitaire de Katinoro

24 Décembre 2025

Il est des personnes qui sont connues et respectées pour leur courage et leur résilience. Zakaria Diédhiou en fait partie. Après deux décennies d'errance ponctuée par un exil forcé en Gambie, il a décidé de tout abandonner pour retourner sur la terre de ses ancêtres. Vivant seul au milieu d'une forêt, ce chef de village de Katinoro (Bignona) y attend la matérialisation concrète du « Plan Diomaye pour la Casamance » (Pdc) pour faciliter le retour de « ses » administrés.

« Je vis seul ici, dans mon village », confesse Zakaria Diédhiou, un déplacé de retour dans son village de Katinoro, situé dans la commune de Djibidione, au Nord Sindian, dans le département de Bignona. Parmi les centaines d'habitants de son village, M. Diédhiou est le seul à retourner après presque 20 ans d'exil pour fuir les combats entre le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc) et l'armée sénégalaise. Seul dans son village, Zakaria vit dans un cabaret de fortune. Sa demeure est couverte de vieilles tôles.

Sans eau ni électricité, il est pris en charge par les militaires présents dans la zone pour sécuriser le territoire. « Ce sont les militaires qui m'aident. Ils me donnent tout. Que Dieu les bénisse », prie-t-il. La décision du chef de village de rentrer au bercail et de vivre dans la solitude en dit long sur la volonté des déplacés de regagner leurs terres après des années d'exil en Gambie. « Les populations veulent coûte que coûte y retourner. Si Dieu nous aide, nous voulons rentrer le plus tôt possible. Tous nos parents sont décédés durant l'exil en Gambie », confie Zakaria Diédhiou au « Soleil ».

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Il est impatient de recevoir ses administrés qui, comme lui, sont pressés également de rentrer et retrouver la terre de leurs aïeuls. Montrer la voie aux autres Les habitants de Katinoro, jadis composé de cinq quartiers, ont quitté leur village depuis 2006 pour trouver refuge en Gambie. Les difficultés relatives à l'exil qui dure depuis maintenant 20 ans ont poussé le chef de village à explorer le chemin du retour.« En Gambie, nous restons les mains croisées parce que nous sommes des étrangers. Nous demandons à l'État de nous aider à revenir », insiste M. Diédhiou, soulignant les urgences de l'heure dans son village.

Seul dans son village, en attendant l'arrivée des autres habitants, le chef de Katinoro sollicite du gouvernement et des bonnes volontés la construction d'une maison digne de ce nom et la dotation en eau potable. Il attend. Ce qu'il faut saluer, c'est que son retour est symbolique. « C'est pour montrer à ceux qui hésitent que la paix est maintenant dans la zone.

C'est également pour manifester à l'État du Sénégal notre détermination à regagner nos terres », précise Zakaria. À son avis, les habitants de Katinoro sont en Gambie pour les travaux champêtres. « Tout le monde veut rentrer ; la vie n'est pas facile là-bas. Nous ne disposons pas de champs à exploiter à notre guise. On nous exploite. Si on te prête un champ à cultiver aujourd'hui, le lendemain, le propriétaire vient le récupérer. Dans ces conditions, nous ne pouvons rien faire », se désole le chef de village.

Il ajoute : « On te prête un champ qui n'a jamais été cultivé ou qui est resté en jachère. Tu utilises tous tes forces et moyens pour labourer, couper les arbres, nettoyer afin qu'il soit cultivable, mais tu ne pourras jamais en profiter.

C'est une manière de te pousser à partir ». Pour ce Zakaria Diédhiou, leur séjour en Gambie est une perte de temps. « Là-bas, on nous exploite », insiste-t-il encore. Aujourd'hui, quelle que soit la situation, les déplacés de Katinoro veulent regagner leur village. En revanche, ils comptent sur le « Plan Diomaye pour la Casamance » pour dessiner les contours d'un retour longtemps attendu.

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