L'éducation alternative a été célébrée avec éclat dans le nord de la Côte d'Ivoire., à Tioroniaradougou, à Korhogo.
À l'occasion de la Journée de la célébration des ambassadeurs de l'école alternative, l'ONG Animation Rurale de Korhogo (ARK) a élevé 120 anciens enfants-bouviers au rang d'ambassadeurs, en reconnaissance de leurs parcours scolaires et professionnels remarquables.
La cérémonie s'est tenue à Tioroniaradougou, localité située à une dizaine de kilomètres de Korhogo, le lundi 22 décembre 2025. C'était en présence de représentants de l'UNICEF, du corps préfectoral, des autorités administratives, des élus locaux, ainsi que de nombreux parents et leaders communautaires. Ces ex-bergers, aujourd'hui diplômés et insérés dans la vie professionnelle, ont été officiellement mandatés pour promouvoir la scolarisation et l'éducation inclusive en milieu rural.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Initiée en 2000 en partenariat avec l'UNICEF, l'approche d'éducation alternative développée par l'ARK visait à répondre aux réalités spécifiques des zones rurales et des bassins cotonniers, où de nombreux enfants exercent comme bouviers. Le programme d'alphabétisation itinérante permettait aux enfants d'apprendre à lire, écrire et compter tout en poursuivant leurs activités pastorales, leur offrant ainsi une seconde chance face à l'exclusion du système scolaire classique.
Vingt-cinq ans plus tard, les résultats sont éloquents. Parmi les bénéficiaires célébrés figurent aujourd'hui des titulaires du baccalauréat, des diplômés de licence et de master, ainsi que des apprenants engagés dans des filières professionnelles et techniques, notamment à l'INFAS, à l'INJS et au CAFOP. Le programme compte également un ancien enfant-bouvier ayant soutenu une thèse de doctorat et recruté comme enseignant-chercheur à l'Université Alassane Ouattara, symbole fort de l'impact durable de cette initiative.
Prenant la parole au nom des anciens bénéficiaires, Soro Yalamoussa Brahima, aujourd'hui enseignant-chercheur à l'Université Alassane Ouattara, a salué un programme qui, selon lui, a « réinventé notre destin » et leur a permis « d'être comptés parmi les intellectuels du pays ». Une preuve, a-t-il souligné, que l'éducation peut transformer les trajectoires les plus fragiles lorsqu'elle est adaptée aux réalités sociales.
Pour Soro Gaoussou Roger, directeur exécutif de l'ARK, cette cérémonie marque l'atteinte des objectifs poursuivis par l'organisation.
« Nous sommes très satisfaits. Pour nous, l'objectif est atteint. Nous allons les aider à créer cette plateforme. On peut les utiliser pour sensibiliser, pour donner des témoignages dans les zones où les parents hésitent encore à envoyer leurs enfants à l'école », a-t-il expliqué.
La mise en place de la plateforme des « Ambassadeurs de l'éducation alternative » répond à un double enjeu : fédérer les anciens bénéficiaires afin de valoriser leurs parcours et faciliter leur insertion socio-professionnelle, tout en menant des actions de proximité auprès des communautés rurales, à travers des témoignages crédibles issus du même environnement social.
Par ailleurs, le directeur exécutif de l'ARK a annoncé que le programme d'alphabétisation itinérante, interrompu en 2015, pourrait être relancé prochainement, des discussions étant en cours avec l'UNICEF. Résumant le chemin parcouru par ces anciens enfants-bouviers, il a déclaré : « Hier, ils étaient derrière les boeufs. Aujourd'hui, ils sont devant des ordinateurs et des blocs-notes. »
Désormais investis de leur mission d'ambassadeurs, ces anciens bergers entendent retourner dans leurs localités d'origine pour sensibiliser les parents, encourager la scolarisation des enfants et appuyer les initiatives d'alphabétisation itinérante, convaincus que l'école, même alternative, demeure un puissant levier de transformation sociale et de développement durable.