À Soumbédioune, la mer est devenue le réceptacle final des eaux usées et des déchets solides charriés par le canal 4 et celui du boulevard de la Gueule Tapée. En cette saison de fraicheur, la pollution a atteint un seuil alarmant, menaçant à la fois l'écosystème marin et l'économie locale.
Une fraicheur inhabituelle enveloppe la baie de Soumbédioune. Il est 10h et le ciel est bas. L'air marin est vif, mais le décor tranche brutalement avec cette atmosphère presque apaisante. À l'embouchure du canal 4 et du canal du boulevard de la Gueule Tapée, des eaux usées noirâtres serpentent lentement vers l'océan. Elles charrient plastiques, résidus domestiques et matières en décomposition avant de se fondre dans la mer. Le sable, souillé, a perdu son éclat naturel. La mer elle-même semble obscurcie comme malade. Lundi 22 décembre 2025, autour des canaux, l'odeur âcre est persistante. Les déchets solides s'amoncellent sur la berge, formant par endroits de véritables dépotoirs à ciel ouvert. Pourtant, la vie continue.
Des pêcheurs raccommodent leurs filets, des vendeuses de poisson interpellent les passants, comme si la pollution avait fini par s'installer dans le quotidien, banalisée par l'habitude et l'absence de solutions durables. Pour les acteurs de la pêche artisanale, les conséquences sont visibles et immédiates.
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Les prises se font plus rares, certaines espèces ont même déserté la zone depuis plusieurs années. « La mer, c'est une maison. Quand elle est sale, les poissons partent », résume Adama Mbengue, le jaraaf de Soumbédioune. Selon les pêcheurs, les rejets permanents des canaux ont profondément perturbé les fonds marins, contraignant les pirogues à s'éloigner davantage pour espérer trouver du poisson avec des coûts et des risques supplémentaires. Cette dégradation du milieu marin agit comme un frein silencieux sur l'économie locale.
À Soumbédioune, un quartier de la commune de Fass-Gueule Tapée-Colobane, la pêche et les activités connexes constituent un pilier social. Moins de poisson signifie moins de revenus. C'est une précarité accrue et des répercussions directes sur la scolarisation des enfants et la stabilité des familles. « Quand l'environnement marin se dégrade, c'est toute la chaîne sociale qui vacille », alerte Yacine Diop, membre du Conseil municipal et écologiste. Les riverains, eux, subissent les nuisances au quotidien. Les odeurs, la prolifération des déchets et les risques sanitaires ont transformé la relation à la mer.
« Parfois, on a du mal à respirer à cause des odeurs que dégage le canal », regrette David Mendy, un émigré qui a passé 25 ans de sa vie en tant que pêcheur. Faute d'une réponse institutionnelle efficace, certains prennent l'initiative de nettoyer les abords, conscients toutefois du caractère dérisoire de ces efforts face à un flux continu de pollution. « Jeudi dernier, la Sonaged était venue nettoyer, mais regarder, tout est sale maintenant. On veut une station d'épuration comme pour la baie de Hann », sollicite Yacine Diop.
La situation de Soumbédioune illustre l'abandon progressif du littoral urbain. Malgré son potentiel économique, culturel et touristique, le site est prisonnier d'une gestion défaillante des eaux usées.