Ile Maurice: Emilie Soogund - «Sans espace ni représentativité, la jeunesse reste à la marge»

26 Décembre 2025
interview

Les jeunes engagés ont leur mot à dire dans la vie active du pays, politiquement, socialement et économiquement. Toutefois, comme le déclare la jeune activiste Emilie Soogund, la jeunesse mauricienne attend une politique alignée sur ses valeurs.

Pourquoi beaucoup de jeunes restent-ils en retrait dans la vie citoyenne et politique à Maurice ?

Selon moi, le retrait de nombreux jeunes de la vie citoyenne et politique à Maurice s'explique avant tout par un manque de leadership inspirant, capable de rallumer la flamme du patriotisme et de l'engagement. Beaucoup peinent à se reconnaître dans des figures politiques qui incarneraient les valeurs auxquelles ils aspirent aujourd'hui : la transparence, la bonne gouvernance, l'honnêteté, l'authenticité, la proximité avec la population et une véritable inclusion.

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À cela s'ajoute une perception largement partagée d'une politique mauricienne perçue comme un cercle fermé. Depuis l'Indépendance, certaines familles exercent une influence marquée sur la scène politique - les Ramgoolam, les Jugnauth, les Duval et plus récemment, les Bérenger - contribuant à l'émergence de véritables dynasties politiques au sein d'un système parlementaire pourtant stable. Cette réalité alimente le sentiment que l'accès à la sphère politique est réservé à ceux qui portent un nom déjà établi.

En définitive, le désengagement des jeunes ne traduit pas un manque d'intérêt pour leur pays, mais plutôt un déficit d'espace, de représentativité et de confiance envers un système qu'ils jugent peu accessible, et déconnecté de leurs valeurs et de leurs aspirations.

Pouvez-vous nous parler d'un projet ou d'une action auquel/à laquelle vous avez participé pour faire bouger les choses ?

Une décision déterminante dans mon parcours a été de quitter le milieu corporate pour m'engager au sein d'une entreprise sociale. Ce choix répondait à un besoin profond : être au cœur du changement, mais surtout au cœur de l'humain.

Aider, servir, accompagner sont devenus les piliers de mon engagement avec la volonté concrète de faire bouger les lignes, tout en contribuant à la réduction du gaspillage et de l'insécurité alimentaire.

Parmi les actions les plus marquantes figure ma participation à l'organisation de l'événement et au panel «Breaking the Stigma», qui a également constitué la première consultation nationale de jeunes pour l'élaboration d'un Youth Position Paper, en vue de la Commission on the Status of Women 70 et de la 63e session du Conseil des droits de l'homme prévues en mars.

Cette démarche a permis d'aborder des thématiques essentielles. Pour ma part, j'ai travaillé sur l'évaluation des besoins en vue d'une réforme portée par la génération Z afin de mieux cerner les réalités, attentes et aspirations des jeunes désireux de contribuer à une transformation sociale durable.

Que devraient faire les écoles, les associations et les partis politiques pour réellement motiver les jeunes ?

Pour réellement motiver les jeunes, les écoles, les associations et surtout, les partis politiques doivent avant tout regagner leur confiance en montrant l'exemple. Les partis politiques, en particulier, devraient s'enregistrer et fonctionner comme de véritables entités structurées, dotées de mécanismes clairs de bonne gouvernance, de transparence et de redevabilité. Tant qu'ils évolueront sans cadre institutionnel solide, il sera difficile de convaincre les jeunes que la politique est un espace ouvert, crédible, méritocratique et accessible.

Par ailleurs, la sensibilisation à l'engagement civique doit commencer dès le plus jeune âge. Plus les jeunes comprennent leur rôle et leur pouvoir d'action au sein de la société, plus ils se sentent légitimes à participer à la vie citoyenne et politique. Les écoles et les associations ont un rôle clé à jouer en formant des jeunes adultes capables de devenir des modèles inspirants, porteurs de valeurs fortes telles que l'intégrité, la transparence et l'inclusion.

Enfin, il est indispensable de créer de véritables espaces où les jeunes peuvent proposer, décider et constater l'impact concret de leurs idées. C'est par l'exemplarité et l'action que leur engagement pourra durablement être ravivé.

Si vous pouviez changer une chose pour donner plus de poids à la voix des jeunes en 2026, que feriez-vous ?

Si je ne pouvais changer qu'une seule chose pour donner plus de poids à la voix des jeunes en 2026, ce serait la mise en place d'un mécanisme officiel permettant aux jeunes de rédiger et de soumettre directement au Parlement leurs propositions, position papers, recommandation ou policy briefs, avec une reconnaissance institutionnelle réelle.

Un tel cadre formel offrirait aux mouvements de jeunesse et aux jeunes leaders l'opportunité de démontrer que leur mobilisation est structurée, crédible et efficace. Il permettrait également de valoriser le travail considérable déjà accompli par les jeunes, souvent innovant et porteur d'avenir, mais trop fréquemment relégué au second plan.

En définitive, donner plus de poids à la voix des jeunes en 2026, ce sera reconnaître leur expertise, renforcer leur plateforme d'expression et institutionnaliser leur contribution aux décisions publiques.

Quelles idées ou initiatives portées par les jeunes pourraient, selon vous, transformer la société ?

De nombreuses initiatives portées par les jeunes ont le potentiel de transformer en profondeur la société mauricienne. Depuis plusieurs années, ils militent pour une réforme du système électoral afin de permettre une participation plus inclusive à la vie démocratique.

Une représentation accrue des jeunes, l'introduction de quotas générationnels, et la mise en place de mécanismes encourageant la participation des nouveaux électeurs et des primo-votants ouvriraient la voie à une politique plus moderne, plus équitable et réellement représentative.

Par ailleurs, les jeunes réclament une plus grande transparence dans le financement des partis politiques. Limiter, voire éliminer, l'influence des grands groupes privés sur les décisions publiques est perçu comme une étape essentielle vers un système politique plus éthique et aligné sur l'intérêt général. L'objectif n'est pas de stigmatiser, mais de rééquilibrer les rapports de pouvoir afin que la classe travailleuse ne soit plus marginalisée par des dynamiques héritées du passé.

Enfin, les jeunes portent une vision ambitieuse de l'éducation. Ils aspirent à un système qui prépare véritablement à la citoyenneté active, à la pensée critique, à l'entrepreneuriat social et à l'innovation.

Une réforme éducative impulsée par la jeunesse, valorisant la créativité, l'engagement communautaire et les compétences du 21e siècle, pourrait durablement transformer la société mauricienne.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui hésitent encore à s'impliquer ?

Aret ezite, pei-la pou twasi sa! To kapav fer enn diferans, ase zwe gete! Que chacun trouve sa place dans ce pays !

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