Afrique: Marc-André Niang (Dg Warner Music Africa Francophone) - « La Côte d'Ivoire est une ressource motrice pour l'industrie musicale régionale »

26 Décembre 2025
interview

Portée par l'essor du streaming et l'explosion des talents locaux, l'Afrique francophone s'impose comme un nouveau territoire stratégique de l'industrie musicale mondiale.

Avec l'installation de son bureau régional à Abidjan, Warner Music Africa Francophone entend structurer ce marché en pleine mutation, accompagner les artistes vers l'international et bâtir un écosystème durable au service de la création. Dans cette interview, ses responsables dévoilent leur vision, leurs priorités et leurs ambitions pour faire de la musique francophone africaine un levier économique et culturel de premier plan.

Pouvez-vous présenter Warner Music Afrique Francophone et les grandes lignes de votre mission dans la région ?

Warner Music Africa Francophone est la nouvelle branche du groupe Warner Music dédiée aux territoires francophones subsahariens. Notre mission consiste à structurer ce marché en pleine expansion, à développer les artistes locaux, et à créer des ponts entre l'Afrique, la diaspora et les scènes internationales. Nous travaillons à la fois sur l'accompagnement artistique, le développement digital, la distribution et les partenariats stratégiques avec les acteurs publics et privés.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Comment percevez-vous aujourd'hui le potentiel du marché musical en Afrique francophone ?

Le potentiel est immense. Nous observons une croissance soutenue du streaming avec YouTube et Spotify, selon l'IFPI l'Afrique subsaharienne est le deuxième bassin de croissance de streaming en 2025 une explosion des talents locaux et une demande mondiale pour les sonorités africaines. La région francophone est l'un des derniers grands bassins créatifs encore sous-exploités, avec un public jeune, connecté, et une influence culturelle déjà présente à l'international. La Consommation musicale est digitale, urbaine et les réseaux sociaux tels que Tik Tok sont parfaitement intégrés dans le style vie des audiences de Cotonou à Dakar en passant par Abidjan.

Quelles sont les particularités de la scène musicale francophone africaine que Warner Music souhaite valoriser ?

La scène francophone africaine se distingue par la diversité de ses genres musicaux dans un même pays et d'un pays à un autre ; une créativité extrêmement riche avec tendances innovatrice et des concepts artistiques ; des artistes capables d'exporter des sons en fusionnant traditions et modernité avec la force de la langue francophone commune à plusieurs pays dans le monde (environ 350 millions). Nous souhaitons amplifier ces singularités et les rendre lisibles, accessibles et compétitives sur toutes les plateformes mondiales.

En quoi la stratégie de Warner Music diffère-t-elle pour s'adapter aux réalités du marché francophone africain ?

Notre stratégie repose sur trois piliers. A savoir être présents localement, pour comprendre les pratiques de consommation et les dynamiques culturelles ; investir dans l'infrastructure et les ressources, la formation des professionnels, l'éducation des consommateurs à l'usage du streaming et téléchargement légal ; participer aux discussions autour des politiques culturelles en faveur des artistes et du marché des industries culturelles et créatives.

Quels sont les principaux objectifs derrière le renforcement de votre présence dans la région ?

Nos objectifs sont clairs. Il s'agit de développer des talents exportables et qui rayonne localement ; de structurer le marché ; de renforcer la professionnalisation de la filière, de créer plus d'opportunités économiques pour les artistes avec des nouveaux modèles de monétisation.

Quels investissements, partenariats ou initiatives comptez-vous développer pour soutenir les talents locaux ?

Nous travaillons sur des Séminaires artistiques comme celui organisé à Abidjan en début d'année avec le Warner Music Camp Babi, des initiatives avec le ministère de la Culture et de la Francophonie et les structures régulatrices pour améliorer la monétisation digitale des oeuvres.

Nous voulons bâtir un écosystème durable, pas seulement signer des artistes mais pour tous les ayant droits

Comment Warner Music accompagne-t-il les artistes émergents face aux enjeux du digital et du streaming ?

Nous mettons à disposition une équipe dédiée au développement digital. Notre ambition est de donner aux artistes africains les mêmes outils que n'importe quel artiste international.

Quels défis rencontrez-vous dans l'expansion de vos activités en Afrique francophone et comment comptez-vous les surmonter ?

Les défis sont connus. Il s'agit de la monétisation encore limitée voire nulle sur certaines plateformes de consommations majeures dans toute l'Afrique Francophone Subsaharienne ; de la fragmentation des droits sur certains territoires, du manque de ressources humaine qualifié dans l'accompagnement des artistes et du secteurs (avocats spécialisés, managers qualifiés, producteurs professionnels).

Une perception de la musique encore vue par les investisseurs et les financiers comme un risque et un produit trop volatile.

Pourquoi avoir choisi Abidjan comme siège du bureau francophone de Warner Music Africa ?

Abidjan est aujourd'hui l'un des piliers culturels et économiques de l'Afrique francophone. C'est une capitale créative, un hub technologique, un centre de talents, et un marché très en avance sur le digital. C'est aussi un pays où les autorités soutiennent activement la structuration du secteur culturel.

Quels atouts spécifiques d'Abidjan ont pesé dans ce choix stratégique ?

Abidjan bénéficie d'une scène musicale dynamique et à tendance exportable ; des infrastructures adaptées ; d'une diaspora influente ; d'une politique culturelle stratégique affirmée

Ce qui n'exclut pas d'autres villes très bien positionnées dans nos opérations et qui rayonnent sur le secteur comme Cotonou, Dakar, Conakry, Douala ou encore Kinshasa

Quelles retombées concrètes cette implantation peut-elle apporter aux artistes ivoiriens et à ceux de la sous-région ?

Concrètement, ces nouvelles opérations vont permettre :

  • Plus d'investissements localement,
  • Plus de repérage et de développement d'artistes,
  • Plus de collaborations régionales,
  • Un meilleur accès à l'international,
  • La création d'emplois dans les métiers de la musique.
  • Un meilleur regard économique des plateformes musicales internationales sur la Côte d'Ivoire

Quelles sont vos ambitions à moyen terme pour positionner la musique francophone africaine sur la scène mondiale ?

Notre vision est simple : faire émerger une nouvelle vague d'artistes francophones africains capables de rivaliser sur les grandes scènes mondiales et contribuer pour un marché rentable, un système industrielle encadré par des lois adaptées aux innovations (Data, IA etc.) et un rayonnement culturel de la Côte d'ivoire

L'Afrique francophone a tout pour devenir l'un des prochains grands pôles culturels, la Côte D'ivoire est une ressource motrice régionale WMAFR veut en être un acteur clé.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.