Adopté par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) lors de sa 1314e réunion tenue le 21 novembre 2025 et, consacrée à une séance publique sur les enfants affectés par les conflits armés.
Le Conseil de paix et de sécurité,
Rappelant la Décision [Assembly/AU/Dec.753(XXXIII)] adoptée par la 33e Session ordinaire de la Conférence de l'Union tenue en février 2020 à Addis-Abéba, en Éthiopie, qui, entre autres, demandait à la Commission de l'UA d'intégrer la protection des enfants dans la campagne « Faire taire les armes » et dans le thème de l'UA pour l'année 2020, ainsi que d'élaborer une politique exhaustive en matière de protection des enfants ;
Rappelant également ses déclarations et décisions antérieures concernant les enfants affectés par les conflits armés, en particulier le Communiqué [PSC/PR/COMM.1290.1 (2025)] adopté lors de sa 1290e réunion tenue le 22 juillet 2025 ;
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Conscient de la nature de plus en plus asymétrique des conflits armés sur le continent, notamment de la montée de l'extrémisme violent et des attentats terroristes, ainsi que des nouvelles menaces non conventionnelles qui pèsent sur la paix et la sécurité, exacerbant la vulnérabilité des enfants face aux six violations graves, à savoir : les meurtres et les mutilations ; le recrutement et l'utilisation par les forces armées et les groupes armés ; les violences sexuelles ; les attaques contre les écoles ou les hôpitaux ; les enlèvements ; et le refus d'accès à l'aide humanitaire ;
Prenant note du discours liminaire de S.E. Ambassadeur Churchill Ewumbue-Monono, Représentant permanent de la République du Cameroun auprès de l'Union africaine et Président du Conseil de Paix et de Sécurité pour le mois de novembre 2025 ; la déclaration introductive de S.E. Ambassadeur Bankole Adeoye, Commissaire aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité et co-Président de la Plateforme africaine sur les enfants affectés par les conflits armés (AP-CAAC), la déclaration de S.E. Ambassadeur Ntsiuoa Sekete, représentant permanent du Royaume du Lesotho auprès de l'UA et vice-Président de l'AP-CAAC, et la déclaration de l'Honorable Professeur Robert Nanima Doya, Rapporteur spécial sur les enfants affectés par les conflits armés et membre du Comité africain d'experts sur les Droits et le bien-être de l'enfant (ACERWC) ;
Prenant également note des déclarations des représentants du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), de Save the Children International, des États membres de l'UA, des Communautés économiques régionales et des Mécanismes régionaux pour la prévention, la gestion et la résolution des conflits (CER/MR) ; et
Agissant en vertu de l'article 7 de son Protocole, le Conseil de paix et de sécurité :
1. Exprime sa profonde préoccupation face à la prévalence des conflits armés sur le continent, qui continuent d'affecter de manière disproportionnée les enfants, notamment en exacerbant leur vulnérabilité face à des violations graves ;
2. Reconnaît l'impact négatif des six violations graves sur le bien-être physique et psychosocial des enfants et de leurs communautés, ainsi que sur les perspectives de paix et de développement à long terme des communautés affectées ;
3. Condamne avec la plus grande fermeté toutes les violations commises à l'encontre des enfants et les attaques perpétrées contre des écoles et des hôpitaux, quels qu'en soient les auteurs, en particulier l'enlèvement récent d'écolières dans l'État de Kebbi au Nigéria ; exprime sa solidarité avec les filles enlevées et leurs familles, ainsi que son soutien total aux efforts déployés par le gouvernement de la République fédérale du Nigéria pour secourir d'urgence ces filles, et avertit fermement les ravisseurs qu'ils devront répondre de leurs actes odieux ;
4. Souligne la nécessité de lutter contre l'impunité et, à cet égard, demande que toutes les mesures et tous les cadres visant à garantir la responsabilité soient continuellement renforcés et appliqués de manière effective afin de promouvoir la justice pour tous les enfants dans les contextes de conflits armés ;
5. Réaffirme la nécessité impérieuse de s'attaquer de manière globale aux causes structurelles profondes des conflits sur le continent ; préconise des approches bien coordonnées et centrées sur les enfants qui accordent la priorité à la prévention et à la protection, et demande également que la protection des enfants soit intégrée dans les efforts de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR), ainsi qu'un soutien psychosocial durable aux victimes d'abus ;
6. Souligne l'importance de mettre en oeuvre et d'appliquer de toute urgence la Note d'orientation opérationnelle (OGN) sur l'alerte précoce tenant compte des besoins des enfants et d'intégrer des indicateurs de protection de l'enfance dans les systèmes d'alerte précoce et d'intervention rapide aux niveaux continental, régional et national ;
7. Encourage les États membres qui ne l'ont pas encore fait à signer, ratifier et transposer d'urgence la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant et à adopter des approches intégrées pour intégrer et renforcer efficacement la protection de l'enfance dans les structures de paix et de sécurité, les plans de développement nationaux et les cadres humanitaires, conformément au Programme 2040 de l'UA pour les enfants : Promouvoir une Afrique adaptée aux enfants ;
8. Réaffirme le caractère central des cadres normatifs de l'UA, notamment la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant (CADBE), qui a été ratifiée par la quasi-totalité des États, la Loi type sur les enfants affectés par les conflits armés et la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, tout en soulignant la nécessité urgente d'accélérer l'intégration, la mise en oeuvre et l'application de ces instruments ;
9. Souligne le rôle central des organisations de la société civile (OSC) en tant qu'acteurs de première ligne qui assurent le suivi, la documentation, l'alerte précoce, la réintégration communautaire et les services d'aide adaptés aux enfants dans les zones touchées par des conflits et, à cet égard, invite la Commission de l'UA, l'AP-CAAC, les États membres et les CER/RM à renforcer leur engagement auprès des OSC, qui constituent des sentinelles cruciales sur le terrain et contribuent à combler le fossé entre les engagements politiques et les résultats concrets en matière de protection, et à leur apporter un soutien constant ;
10. Souligne la nécessité de mettre en place des services coordonnés et complets pour les enfants touchés par les conflits, notamment dans les domaines de l'éducation, des soins de santé, de la gestion des cas, de l'aide juridique, du travail social, du soutien psychosocial et de l'accès à des espaces sûrs, et insiste sur la nécessité de veiller à ce que tous les programmes de réintégration soient adaptés aux enfants et au contexte ;
11. Demande à la Commission de l'UA de promouvoir et de développer la santé mentale et le soutien psychosocial (MHPSS) pour les enfants affectés par les conflits armés, ainsi que l'élaboration d'une Note d'orientation pratique de l'UA sur le MHPSS communautaire pour les enfants en situation de conflit afin d'aider les États membres, les opérations de soutien à la paix et les acteurs humanitaires à fournir une aide psychosociale coordonnée et adaptée au contexte aux enfants ;
12. Se félicite du travail accompli par la Plateforme africaine pour les enfants affectés par les conflits armés (AP-CAAC) comme mécanisme consultatif multipartite oeuvrant à la promotion et à la protection des droits des enfants sur le continent ; et encourage les États membres et les partenaires de développement à renforcer leur soutien afin d'assurer la pérennité et l'efficacité de la Plateforme ;
13. Félicite également le Comité africain d'experts sur les Droits et le bien-être des enfants (ACERWC) pour l'assistance technique qu'il continue d'apporter aux États membres dans tous les domaines liés à la protection de l'enfance, ainsi que l'UNICEF et Save the Children pour leur dévouement et leur engagement en faveur de l'avancement et de la promotion de la protection de l'enfance à l'échelle mondiale, en particulier dans les contextes de conflits armés ;
14. Encourage également les États membres et les CER/RM à mettre en oeuvre efficacement les cadres existants et à intégrer pleinement les politiques de protection de l'enfance de l'UA dans leurs efforts en matière de paix et de sécurité, d'aide humanitaire et de redressement ;
15. Souligne l'importance d'intensifier et de diversifier les efforts de mobilisation des ressources financières pour le programme de protection de l'enfance de l'UA, en impliquant notamment le secteur privé ;
16. Souligne l'importance de renforcer les partenariats entre les gouvernements, les organisations de la société civile, les organisations internationales et les communautés touchées afin de garantir que les besoins des enfants, en particulier en matière d'éducation, de santé, de soutien psychosocial et de moyens de subsistance, soient effectivement pris en compte dans les efforts de reconstruction et de développement post-conflits ; et encourage également les acteurs internationaux à donner la priorité à un financement adéquat, prévisible et durable pour les programmes axés sur les enfants et sensibles au genre qui répondent efficacement aux besoins spécifiques des enfants et servent au mieux les intérêts des enfants affectés ;
17. Demande à la Commission de l'UA de continuer à fournir une assistance technique aux États membres et aux communautés touchés afin de faire progresser les mesures de protection de l'enfance, notamment en veillant à l'alignement des programmes nationaux de protection de l'enfance sur les normes continentales et internationales en matière de protection de l'enfance et en garantissant un soutien durable à la réintégration des enfants associés aux forces armées et aux groupes armés (CAAFAG) ;
18. Félicite les programmes Youth Wise et FemWise de l'UA pour leur participation active à la promotion et à l'intégration de la protection des enfants dans les processus de médiation ; exhorte les experts en soutien à la médiation à promouvoir des approches inclusives qui reconnaissent les enfants comme des parties prenantes essentielles à la promotion d'une paix durable sur tout le continent ; et demande la finalisation, l'adoption et la mise en oeuvre des directives proposées par l'UA sur la protection des enfants et leur participation aux processus de médiation et de paix afin de garantir que les efforts de médiation tiennent systématiquement compte des droits, des besoins et de la voix des enfants ;
19. Attend avec intérêt les résultats de la Conférence sur la Déclaration sur les écoles sûres qui se tiendra à Nairobi, Kenya, les 25 et 26 novembre 2025 ;
20. Attend également avec intérêt la bonne organisation du prochain épisode du Processus de Banjul sur les enfants affectés par les conflits armés, prévu début 2026 ;
21. Envisage d'organiser une manifestation parallèle sur les enfants affectés par les conflits armés en marge de la prochaine Session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine qui se tiendra début 2026 ;
22. Demande au Président de la Commission de commander une étude approfondie sur le lien entre les conflits armés et les violations commises à l'encontre des enfants, y compris les mariages précoces ;
23. Réitère sa demande au Président de la Commission d'accélérer la nomination de l'Envoyé spécial de l'UA pour les enfants dans les situations de conflit armé, afin d'assurer le leadership stratégique, la défense des intérêts et la coordination des efforts de protection des enfants à travers le continent ; et
24. Déicide de demeurer activement saisi de la question.