Afrique de l'Ouest: Gilles Yabi juge la trajectoire de la région 'pas bonne' en 2025

Dakar — La trajectoire de la région ouest-africaine "n'a pas été bonne" en 2025, à cause des crises et des menaces politiques et sécuritaires dans certains pays, estime l'analyste politique Gilles Yabi, directeur exécutif du groupe de recherche Wathi.

"La trajectoire, en 2025, n'a pas été bonne pour l'Afrique de l'Ouest, de mon point de vue, parce qu'on a, à nouveau, petit à petit, plus de zones, plus de pays qui sont concernés [par les crises]", a-t-il dit.

Gilles Yabi s'est entretenu avec l'APS, qui lui a demandé de faire le bilan de l'année 2025 et de dégager des perspectives pour 2026.

"Je crois que c'est une année qui se termine sur une actualité sécuritaire et politique difficile en Afrique de l'Ouest", a-t-il souligné en faisant allusion à la situation politique en Guinée-Bissau et au Bénin.

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Dans le premier pays, l'armée a pris le pouvoir, le 26 novembre dernier, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives de ce pays lusophone d'Afrique de l'Ouest.

La junte a ensuite nommé un général comme président d'une transition censée durer un an.

Une tentative de coup d'État a été déjouée au Bénin quelques jours plus tard, le 7 décembre, avec l'aide du Nigeria et de la France.

Plusieurs personnes ont été tuées lors de la tentative de putsch. Des mutins, dont leur leader, sont toujours en fuite.

Selon Gilles Yabi, ces putschs, réussis ou manqués, ne sont pas isolés, car ils s'inscrivent "dans une succession de coups d'État militaires dans la région depuis cinq ans".

M. Yabi les relie de manière générale à "l'évolution de notre région ouest-africaine depuis une dizaine d'années", marquée par "une dégradation régulière de la situation sécuritaire et politique".

Le chercheur pense que les deux événements survenus en Guinée-Bissau et au Bénin ont en commun "la volonté de déstabiliser l'ordre constitutionnel en place".

Dans le cas de la Guinée-Bissau, "ce n'est pas une surprise", ce pays étant connu comme "l'un des plus instables d'Afrique de l'Ouest depuis son indépendance", a-t-il signalé.

"Au Bénin, pour le coup [manqué], c'est davantage une surprise parce que c'est un pays qui n'a pas connu de coup d'État [...] depuis 1972", a dit le directeur exécutif de Wathi, un laboratoire d'idées basé à Dakar, dont la réflexion est centrée sur l'Afrique de l'Ouest.

Il y a toutefois lieu de faire preuve de "prudence" dans l'analyse de cet épisode béninois, en raison de "zones d'ombre", a-t-il prévenu, ajoutant que le coup d'État manqué dans ce pays doit pousser à s'interroger sur la "gouvernance sécuritaire, c'est-à-dire l'appareil militaire" béninois.

"Il y a forcément un malaise. Il peut être plus ou moins profond et concerner plus ou moins de soldats et d'officiers, etc. Mais lorsque vous avez une tentative de coup d'État militaire, je pense qu'il faut voir ce qui se passe et ce que ça signifie en termes de cohésion au sein de l'appareil de défense et de sécurité d'un pays", a insisté M. Yabi.

L'analyste politique et docteur en économie du développement laisse entendre que tout cela doit être mis en perspective et relié à la situation sécuritaire du nord du Bénin, entre le Niger et le Burkina Faso, la pression de groupes armés dans cette partie du pays pouvant être considérée comme "un élément explicatif, à côté d'autres, de cette tentative de coup d'État".

Il considère, par conséquent, qu'il ne faut pas faire "un lien direct et exclusif" entre cette tentative de coup d'État militaire et la question de l'évolution politique du Bénin au cours des dernières années.

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