Nigeria: Frappes américaines au pays - Il en faut plus pour inquiéter l'Etat islamique

28 Décembre 2025

Le président américain, Donald Trump, a annoncé, le 25 décembre 2025, que les Etats-Unis avaient mené plusieurs frappes meurtrières contre l'Etat islamique dans le Nord-Ouest du Nigeria. On se rappelle que le locataire de la Maison Blanche avait menacé, le mois dernier, d'intervenir militairement au pays de Bola Tinubu si ce dernier et son gouvernement ne menaient pas d'actions fortes pour protéger les chrétiens nigérians sous « menace existentielle de l'ordre d'un génocide ». Chose promise, chose faite, pourrait-on dire.

Cela dit, tout en se félicitant du succès de cette opération que le gouvernement nigérian a confirmée, Donald Trump menace de faire pleuvoir d'autres bombes sur les têtes des combattants de l'Etat islamique si le massacre des chrétiens se poursuit. Si l'iconoclaste président voulait, à travers ce déluge de feu sur les terroristes, envoyer un message fort à l'Etat islamique et offrir, du même coup, un cadeau de Noël aux chrétiens nigérians, il aura réussi son coup.

Au demeurant, au-delà de la polémique que ces frappes américaines dans le pays le plus peuplé d'Afrique, n'ont pas manqué de susciter, si elles peuvent contribuer à réduire la voilure de l'hydre terroriste, c'est tant mieux. Officiellement, c'est avec l'accord des autorités nigérianes que ces frappes ont été opérées, dit Abuja, sans bavure. Car, il n'y a pas eu de victimes civiles si l'on en croit le gouvernement nigérian. C'est dire s'il faut saluer l'engagement de Washington à croiser le fer dans la lutte contre la pieuvre qui continue de tendre ses tentacules au Nigeria où elle se repaît, sans cesse, du sang d'innocentes personnes.

Les motivations du locataire du Bureau ovale sont plus d'ordre électoraliste qu'humanitaire

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Toutefois, l'argument invoqué par l'Administration Trump ne convainc pas. Les chrétiens sont loin d'être les seuls à subir la furia des groupes terroristes au pays de Bola Tinubu. Les musulmans, et c'est peu de le dire, paient également un lourd tribut dans cette guerre asymétrique. A preuve, au-delà des fidèles individuellement pris, des mosquées ne sont pas épargnées par les hors-la-loi. Laisser croire, dans un tel contexte, que seuls les fidèles chrétiens sont victimes d'atrocités des groupes terroristes, c'est faire preuve de mauvaise foi, voire de déni de la réalité.

Pire, sans même le vouloir, Donald Trump pourrait, plutôt que de protéger les chrétiens, les exposer davantage. En vérité, la posture du richissime homme d'affaires et président de la nation la plus puissante du monde, n'étonne guère. Car, on le sait, le lobby de la droite chrétienne aux USA qui ne compte pas pour du beurre dans l'électorat américain, a toujours utilisé le terme employé par Donald Trump pour missiliser l'Etat islamique. Autant dire que les motivations du locataire du Bureau ovale sont plus d'ordre électoraliste qu'humanitaire. Et cette posture est loin d'être propre aux USA.

En effet, les grandes puissances se servent toujours de la lutte contre le terrorisme et autres arguments plus ou moins fondés, pour intervenir militairement sur le sol africain. Faut-il le souligner, le phénomène des enlèvements contre rançons au Nigeria, est devenu une industrie structurée très lucrative. A preuve, elle a récolté plus de 1,66 millions de dollars entre juillet 2024 et juin 2025, selon les chiffres publiés par SBM Intelligence. Une chose est sûre : si le 45e et 47e président des USA veut inquiéter davantage l'Etat islamique, il doit faire plus. On est d'autant plus fondé à le penser que le largage seul de missiles, aussi sophistiqués soient-ils, ne saurait venir à bout du terrorisme.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 120 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.