De Rabat à Pretoria, de Dar es-Salaam à Antananarivo, l'année 2025 aura été marquée par de profonds bouleversements politiques, des défis sécuritaires persistants et une affirmation progressive du leadership africain sur la scène internationale. Malgré des crises humanitaires et climatiques majeures, le continent a démontré une résilience notable, portée par la jeunesse, la diplomatie régionale et des ambitions économiques renouvelées.
Afrique du Nord : leadership sportif, diplomatie active et vulnérabilité climatique
En 2025, le Maroc s'est imposé comme un acteur clé du continent africain, conjuguant diplomatie proactive, investissements structurants et rayonnement sportif. Le lancement de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN 2025) en décembre a mobilisé plusieurs villes du royaume, renforçant sa position de hub sportif africain et préparant le terrain pour la Coupe du monde 2030.
Parallèlement, le pays a poursuivi ses investissements dans les infrastructures sportives et urbaines, tout en accueillant des compétitions internationales d'athlétisme. Sur le plan diplomatique, Rabat a maintenu ses efforts autour du plan d'autonomie du Sahara, tandis que les provinces du Sud ont bénéficié de projets majeurs dans l'énergie, les transports et les services publics, favorisant l'intégration économique régionale.
Cependant, l'année a également été marquée par des événements climatiques extrêmes. Des pluies torrentielles et des inondations meurtrières ont frappé plusieurs zones urbaines et côtières, soulignant l'urgence pour les pays d'Afrique du Nord de renforcer leurs politiques d'adaptation au changement climatique.
Maghreb : tensions politiques et dynamiques régionales
En Algérie, la diplomatie est restée particulièrement active, notamment dans la médiation du conflit libyen. Le pays a poursuivi ses efforts de diversification économique, dans un contexte de transition énergétique mondiale et de volatilité des marchés.
La Tunisie a connu une année de forte polarisation politique. Les mobilisations de l'opposition contre le président Kaïs Saïed, ainsi que la condamnation de la figure politique Abir Moussi, ont ravivé les débats sur la démocratie, l'État de droit et les libertés publiques.
En Libye, la réouverture du musée du Château rouge à Tripoli a constitué un symbole fort de reconstruction culturelle. Toutefois, l'instabilité politique et sécuritaire persiste, malgré les appels répétés à la tenue d'élections et à un dialogue national inclusif.
L'Égypte, pour sa part, a poursuivi son rôle de facilitateur dans le dossier libyen tout en consolidant son secteur touristique et ses projets économiques stratégiques.
En Mauritanie, l'élection du Dr Sidi Ould Tah à la présidence de la Banque africaine de développement a marqué un tournant historique, illustrant la montée en puissance du pays sur la scène financière africaine.
Afrique de l'Est : élections contestées et réveil citoyen
L'Afrique de l'Est a été l'une des régions les plus instables en 2025. En Tanzanie, l'élection présidentielle d'octobre, remportée officiellement par le parti au pouvoir avec plus de 97 % des voix, a provoqué des manifestations massives. La répression a entraîné des centaines de morts et de nombreuses arrestations, suscitant l'inquiétude de la communauté internationale.
Au Burundi, les élections législatives de juin, également remportées par le parti au pouvoir avec plus de 96 % des suffrages, ont été vivement contestées par l'opposition, qui a dénoncé des irrégularités électorales.
À l'inverse, les Seychelles ont connu une alternance politique notable avec l'élection de Patrick Herminie, candidat de l'opposition, qui a remporté la présidentielle avec 52,7 % des voix.
À Madagascar, la jeunesse, portée par les réseaux sociaux, s'est imposée comme une force politique majeure. Les manifestations contre les coupures d'eau et d'électricité ont conduit à la destitution du président Andry Rajoelina et à l'arrivée au pouvoir du colonel Michael Randrianirina, illustrant l'influence croissante des mobilisations citoyennes sur le continent.
Sur le plan sécuritaire, le conflit au Soudan s'est poursuivi, provoquant des déplacements massifs de populations et une crise alimentaire alarmante. Le Soudan du Sud est resté confronté à une situation humanitaire critique, malgré les initiatives de médiation en cours.
Afrique australe : visibilité internationale et diplomatie régionale
En Afrique australe, 2025 a été marquée par une reconnaissance internationale accrue. L'Afrique du Sud a assuré pour la première fois la présidence du G20, mettant en avant les priorités du Sud global, notamment la réduction des inégalités, la transition énergétique et la réforme de la gouvernance mondiale. Cette ambition a toutefois été parfois éclipsée par des tensions diplomatiques avec les États-Unis.
L'Angola s'est illustré par son rôle de médiateur dans la crise entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, privilégiant le dialogue politique et la désescalade militaire.
L'Éthiopie a poursuivi une croissance économique soutenue, portée par d'importants investissements dans le secteur énergétique, notamment le grand barrage hydroélectrique, symbole de souveraineté et de modernisation.
Santé, aide internationale et nouveaux partenariats
Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis a entraîné des réductions significatives de l'aide au développement, affectant plusieurs pays africains dans les secteurs de la santé, de la sécurité alimentaire et de l'humanitaire. En réponse, de nouveaux partenariats bilatéraux ont émergé.
Le Kenya a ainsi signé un accord sanitaire avec Washington, mobilisant 1,6 milliard de dollars pour lutter contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose. L'Ouganda et le Lesotho ont également bénéficié de programmes visant à renforcer leurs systèmes de santé et leur résilience face aux grandes pandémies.
Une Afrique de contrastes, mais résiliente
L'année 2025 confirme que l'Afrique demeure un continent de contrastes : crises politiques et humanitaires persistantes en Afrique de l'Est, affirmation diplomatique et économique en Afrique du Nord, et visibilité stratégique croissante en Afrique australe. Malgré les défis sécuritaires, climatiques et économiques, la résilience des sociétés africaines et la montée en puissance de nouveaux acteurs continuent de redéfinir la place du continent dans l'ordre mondial.