Ile Maurice: La masse monétaire frôlerait les Rs 70 milliards en décembre

29 Décembre 2025

Il fallait s'y attendre, même si la prudence restait de mise. À Maurice comme ailleurs, le mois de décembre est synonyme de consommation accrue. Et qui dit consommation, dit circulation accélérée de liquidités. Résultat : une hausse quasi mécanique de la masse monétaire en circulation, qui dépasserait les Rs 70 milliards ce mois-ci, soit un niveau historiquement élevé.

Cette progression s'explique avant tout par des facteurs conjoncturels. Le gonflement temporaire de la masse salariale - avec le paiement du 13e mois dans les secteurs public et privé, parfois complété par un 14e , voire un 15e ou 16e mois dans certaines entreprises - injecte chaque année d'importantes sommes dans le circuit économique. À cela s'ajoutent les primes de performance, bonus exceptionnels et autres rémunérations de fin d'année, qui alimentent les transactions commerciales dans les principaux secteurs.

«Pour le seul mois de décembre, il faut compter entre Rs 2 et Rs 3 milliards supplémentaires en circulation. Cette année, un élément additionnel est venu renforcer cet effet : le rapport du PRB. L'annonce du paiement de 50 % des ajustements salariaux en janvier 2026, le versement d'une compensation salariale de Rs 635 le mois prochain, couplé à une majoration généralisée des prestations sociales du même ordre, ont encouragé certains ménages à anticiper leurs achats en prévision des hausses attendues en 2026», explique Azad Jeetun, économiste et ancien directeur de la Mauritius Employers' Federation.

Les chiffres de la Banque de Maurice (BoM) confirment cette dynamique. La masse monétaire en circulation atteignait plus de Rs 68 milliards en décembre 2024, contre une moyenne d'environ Rs 66 milliards sur les 11 premiers mois de l'année. La tendance est d'ailleurs clairement haussière sur plusieurs années: Rs 46,5 milliards en décembre 2020, Rs 50,2 milliards en 2021, Rs 53,6 milliards en 2022, avant de dépasser Rs 60 milliards en 2023. Au-delà de l'effet saisonnier, la progression apparaît désormais structurelle.

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Risques inflationnistes

Faut-il pour autant redouter une nouvelle poussée inflationniste face à une telle abondance de liquidités ? Pour de nombreux économistes et représentants d'associations de consommateurs, le risque demeure, même s'il est aujourd'hui plus maîtrisé qu'au cours des dernières années.

Après avoir culminé à 10,8 % en 2022, sous l'effet conjugué de la flambée des prix mondiaux et de la dépréciation de la roupie face aux principales devises, notamment le dollar américain, l'inflation a progressivement reculé à 7 % en 2023, puis à 3,7 % en 2024. Les projections actuelles tablent sur un maintien de ce niveau en 2025, sous réserve de chocs externes majeurs.

Consciente des enjeux, la BoM a infléchi sa politique monétaire depuis novembre 2024, suivant l'installation d'une nouvelle équipe de direction, avec pour objectif de stabiliser la roupie et de maintenir l'inflation dans une fourchette jugée soutenable. Une flambée des prix aurait en effet des conséquences immédiates sur le coût des produits de base et, par ricochet, sur le pouvoir d'achat des ménages, déjà mis à rude épreuve ces dernières années.

Comme chaque fin d'année, l'excès de liquidités sur le marché monétaire incite également les institutions financières à multiplier les offres de produits d'épargne afin d'en absorber une partie. Mais leur impact reste limité. «Avec des taux d'intérêt encore relativement bas, le rendement réel de ces produits demeure peu attractif. Le différentiel reste négatif, ce qui n'encourage pas l'épargne. En pratique, seuls les profils les plus conservateurs continueront à privilégier les dépôts à terme», soulignent des experts financiers.

Dans l'immédiat, la flambée saisonnière de la masse monétaire semble donc davantage relever d'un phénomène attendu que d'un dérapage incontrôlé. Mais dans un contexte de fragilités externes persistantes, elle rappelle surtout l'équilibre délicat que devront maintenir les autorités monétaires entre soutien à l'activité, stabilité des prix et préservation du pouvoir d'achat.

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