Laisson parler le président français, Emmanuel Macron. Extrait du discours prononcé à la remise du prix Goncourt des lycéens, à Nathacha Appanah pour La Nuit au cœur, son dixième roman, paru chez Gallimard : «Vous avoir dit beaucoup de ce qu'est la littérature française (...) C'est incroyable quand même que des lycéens et lycéennes disent que le livre qu'ils ont préféré en langue française, c'est celui de Nathacha Appanah, qui est née à l'île Maurice.»
Certes, Nathacha Appanah n'a pas eu le Goncourt « des grands», dont elle était « finaliste », mais, avec le prestigieux prix Fémina et le Goncourt des lycéens (ce qui lui fait tout de même 22 prix littéraires au compteur pour l'ensemble de son œuvre), elle a définitivement mis Maurice sur la carte de la littératuremonde. Une terre fertile en écrivains, en histoires, en Histoire.
Une île où les enfermements sont tenaces, les préjugés vivaces. Où les violences subies par les femmes ne trouvent souvent écho qu'entre les murs du domicile. L'entourage, bien qu'au courant, préférant ne pas s'en mêler. Ne rien dire par peur de cette si terrible accusation de fer palab.
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La Nuit au cœur a secoué le cocotier. Provoquant le débat. Poussant les organisateurs du Festival du livre de Trou-d 'Eau-Douce à entendre les voix indignées par l'hommage qui devait être rendu au poète mort l'an dernier, Jean Gérard Théodore. Pour le déprogrammer. Et consacrer un temps de parole, durant ce festival, aux violences faites aux femmes. Une manière de combattre la violence par la force des mots.
Avec la visibilité qui lui a été donnée par les médias français, et l'aboutissement des prix littéraires, Nathacha Appanah a surtout suscité l'envie de lire. Alors que pour les Mauriciens, lire des auteurs locaux, cela ne va pas de soi. Quand il ne se plaint pas du prix des livres, jugé trop élevé, le lecteur mauricien désapprouve l'image anti cliché touristique que les auteurs donnent du paradis Maurice, et ne va pas spontanément vers les plumes d'ici qui s'épanouissent ailleurs.
L'auteure elle-même en sait quelque chose. En 2017, dans une chronique dans le quotidien français La Croix, elle a raconté l'expérience malheureuse d'une rencontre avec des professeurs et élèves du Queen Elizabeth College. En soulignant : «Aucun de mes textes n'avait été lu car aucun n'est au programme».
Le parcours de Nathacha Appanah a-t-il trouvé un écho dans les écoles, universités et au ministère de l'Education ? Nous, en tous cas, choisissons de reconnaître que Nathacha Appanah est l'une des personnalités phares de l'année.