Sénégal: Les populations cultivent la solidarité face au quotidien difficile

30 Décembre 2025

Situé dans la commune de Rufisque Ouest, le quartier Ndargou Ndaw qui polarise les plus importants édifices publics de la Ville est confronté à de nombreux défis : chômage des jeunes, manque d'eau, insécurité, etc. Toutefois, à travers des initiatives communautaires, les habitants prennent leur destin en main.

Ce vendredi du mois de décembre, les gros rayons diurnes commencent peu à peu à céder la place au froid. Ndargou Ndaw, quartier cosmopolite, à proximité de la gare Ter Pnr, se dévoile de par sa position surélevée. Il abrite d'importants édifices tels que le service départemental du trésor de Rufisque, la caserne des sapeurs-pompiers, le Centre régional de formation et de perfectionnement des enseignants de Dakar, l'inspection d'académie et le stade Ngalandou Diouf entre autres.

Une bande d'enfants, pas encore en âge d'être scolarisés, arpentent les rues et les allées. Ils crient, courent et jouent. Leurs voix aiguës, diffuses et inaudibles se mêlent à chacun de leurs mouvements d'ensemble.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Les activités quotidiennes suivent leur cours habituel. Ateliers mécaniques, ébénistes et autres corps de métiers cohabitent dans une parfaite harmonie. Le petit commerce gagne chaque coin de rue. Entre petits étals de légumes et kiosques pour le petit déjeuner, les femmes cherchent à gagner leur vie.

Coumba Nguette, veuve et mère de plusieurs enfants, établie dans ce quartier depuis une vingtaine d'années, s'adonne à la vente de certains fruits et des bonbons à la menthe. Elle conte son calvaire. « Avant, je bénéficiais de la bourse familiale et elle était d'une grande aide pour financer mon commerce. Désormais, c'est sur nos maigres moyens que nous comptons pour subvenir aux besoins des enfants », estime-t-elle la mine grise.

Selon cette dame, au teint clair, les temps sont durs et les activités ne marchent plus comme avant.

Au versant de la mosquée, près du grand rond-point, Papiss Diallo, la vingtaine, vendeur de café Touba, y a érigé son quartier général depuis deux ans. « Ndargou Ndaw est un quartier densément peuplé par des jeunes qui veulent gagner leur vie. Malgré la rareté du travail, les jeunes se tuent à la tâche pour tirer leur épingle du jeu », confie-t-il.

Contrairement à Dangou, Tiokho, Ndeunkou, et autres, Ndargou Ndaw n'était pas un quartier typiquement lébou. Les Socés, Maures furent les premiers à s'y installer. « Il y avait les Amar-Amar, les Maures, la famille Deumba Fall, par la suite des Djolof-Djolof, des ressortissants du Walo. C'est un quartier « melting-pot », estime Meïssa Bèye, ancien adjoint au maire de la Ville de Rufisque et habitant du quartier.

Cet octogénaire se remémore également du douloureux incendie qui avait frappé ce quartier à la fin des années 60, occasionnant d'importants dégâts matériels. Selon lui, cette catastrophe naturelle a donné naissance au quartier voisin de Sante Yalla, situé en face des Hlm. « Tous ceux qui n'étaient pas en règle furent transférés à Sante Yalla, d'où l'appellation Ndargou Ndaw-Sante Yalla », ajoute le délégué de quartier.

Ce malheur a conduit à un certain réaménagement des rues pour permettre à ce quartier de se doter d'un lotissement.

L'eau, le chômage des jeunes et l'insécurité

Toutefois, une partie du quartier n'a pas pu bénéficier de ces lotissements et se trouve aujourd'hui dépourvue du branchement aux réseaux de la Sones et de la Senelec. L'imam de la mosquée, Moustapha Baba Fall, souligne que ce liquide précieux fait partie des problèmes de ce quartier. « Au moment où je vous parle, il y a des maisons qui n'ont pas d'eau ou d'électricité. Certaines ont fait des demandes depuis fort longtemps, 10 ans, mais peinent à être branchées sur le réseau », se désole-t-il.

Pour certains qui ont le privilège de disposer d'un compteur, l'imam rapporte qu'ils peinent à payer leurs factures à la fin du mois.

Dans ce quartier, les problèmes sont longs comme le bras. Le chômage endémique des jeunes intrigue les plus âgés. Des jeunes en âge de travail errent dans les rues en plein jour. « Dans ma maison, une dizaine de jeunes, des maçons la plupart, peinent à disposer d'un travail permanent. Les autres qui ont fait leurs études se retrouvent à ne rien faire ou se lancent dans le commerce ambulant », indique l'imam avec grande inquiétude.

La question d'insécurité se pose avec acuité dans ce quartier même si les habitants affirment qu'elle est moindre contrairement à un passé récent. Le délégué de quartier qui reçoit quotidiennement les contre-plaintes des habitants souligne que des malfrats viennent d'ailleurs pour exercer le banditisme à Ndargou Ndaw. Il assure travailler de façon permanente avec la police pour sécuriser ce quartier.

Malgré les péripéties de la vie, une fibre de solidarité règne dans ce quartier populeux. « Nous sommes un quartier tellement solidaire. Les habitants se fréquentent et parlent le même langage », souligne le délégué de quartier. Selon lui, cette entente et cette convivialité sont le fruit du legs des premiers habitants qu'ils qualifient d'érudits.

L'Assec, au-delà du sport, un trait d'union

Cette solidarité populaire est aujourd'hui portée par l'Association socio-sportive éducative et culturelle (Assec) qui, au-delà du sport, intervient dans plusieurs domaines. Ces nombreuses initiatives ont eu des impacts significatifs selon les habitants. « Assec a servi de modèle en matière d'assainissement aux quartiers de Rufisque qui ont copié sur nous. Des jeunes dévoués et engagés ont presque innové dans presque tous les secteurs de développement », affirme avec fierté Badara Ndiaye.Cet engagement communautaire et citoyen a permis au quartier de se doter de cadres dans l'administration et ailleurs.

La mosquée du quartier reconstruite

Avec ses deux minarets presque achevés et le troisième en construction, la mosquée de Ndargou Ndaw s'impose comme la vitrine, une carte postale du quartier de par sa splendeur et de par son histoire. Sa beauté intérieure n'égale en rien celle visible de l'extérieur. « Elle est l'une des plus belles de Rufisque. Son emplacement en face du tunnel est juste superbe », lance le Pr Meissa Bèye. Érigée en 1979, à l'époque en paille, ce lieu de culte surnommé Masdjid Quba (première mosquée où le Prophète officia la prière) est chargé d'histoires et de symboles.

Le projet de construction du Train express régional avait nécessité le déplacement de certaines maisons (plus d'une soixantaine), y compris ce lieu de culte. Ce dernier sera complètement rasé. L'Apix les indemnise à hauteur de 53 millions. À la fin des travaux du Ter, les populations, dont l'imam, ont entrepris des démarches auprès de l'autorité préfectorale pour disposer d'une autorisation pour reconstruire la mosquée. Une fois le feu vert obtenu, le chantier est vite lancé en 2022. Les travaux n'auront duré, d'après l'imam, que moins de neuf mois et coûté 73 millions.

Mbagnick Diagne, le lien avec la Ville tricentaire

D'après les informations du délégué de quartier, Badara Ndiaye, Ndargou Ndaw a été fondé après la Seconde Guerre mondiale, vers 1948. À l'origine, cette zone, inhabitable, constituait des champs cultivables et un réseau où se déversaient les eaux de la banlieue.

D'après les versions répandues, le nom Ndargou Ndaw (miniature de l'île de Saint-Louis) serait intrinsèquement lié à Mbagnick Diagne, enseignant originaire de la ville tricentenaire, également appelée « Ndar », en wolof. Selon le délégué de quartier, Ndargou Ndaw ne possédait qu'un seul titre foncier (le TF 1026), appartenant à Mbagnick Diagne, le reste relevant du domaine national. Cette version de l'histoire est approuvée par Meissa Beye, professeur d'université à la retraite et premier adjoint au maire Badara Mamaya Sène, établi dans ce quartier depuis 1962.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 120 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.