En 2025, le Sénégal se présente comme un État engagé dans une phase décisive de sa stratégie financière. D'un côté, une dynamique soutenue sur le marché régional de l'UEMOA, marquées par des émissions obligataires successives et bien accueillies.
De l'autre, une défiance persistante sur les marchés internationaux, alimentée par la révélation tardive d'un niveau d'endettement largement sous-estimé. Entre impératifs budgétaires et exigence de crédibilité, Dakar ajuste progressivement les ressorts de son financement public. Le recours accru au marché régional s'inscrit dans une réponse contrainte à l'accès devenu plus restreint aux marchés financiers internationaux. Au courant de l'année, l'État sénégalais a mobilisé plus de 1 200 milliards de FCFA à travers quatre appels publics à l'épargne, illustrant à la fois la profondeur croissante du marché financier de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la solidité de l'épargne domestique.
Cette dynamique met en évidence un élément central. Malgré un niveau d'endettement désormais supérieur à 100 % du produit intérieur brut (PIB), la confiance des investisseurs régionaux et nationaux dans la signature souveraine du Sénégal demeure préservée. Le succès de ces émissions caractérisées par des niveaux de souscription élevés, traduit à la fois l'attractivité des rendements proposés et une perception de risque jugée plus contenue dans le cadre d'un financement libellé en monnaie locale. Au-delà des volumes levés, la participation accrue de la diaspora constitue un signal fort. Elle suggère l'émergence d'une forme de patriotisme financier susceptible, à moyen terme, de devenir un pilier du financement public, à condition d'être encadré, institutionnalisé et sécurisé.
Dette révélée, crédibilité fragilisée
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Cette performance régionale contraste toutefois avec la situation observée sur les marchés internationaux. La révélation, en 2024, de passifs non déclarés a profondément entamé la crédibilité budgétaire du pays. La révision brutale du ratio d'endettement, passé de 74,4 % à près de 119 % du PIB en l'espace de deux ans, a provoqué un choc de confiance. Sur le marché des eurobonds, la sanction est immédiate, avec des rendements à deux chiffres sur certaines maturités et une forte hausse des primes de risque, traduisant la prudence, voir, la méfiance, des investisseurs internationaux. Dans ce contexte, l'échéance de 2028, marquée par le remboursement ou le refinancement d'un eurobond d'un milliard de dollars, apparait comme un jalon décisif pour la stratégie financière de l'État.
Le FMI, arbitre incontournable
Dans ce paysage incertain, la relation avec le Fonds monétaire international (FMI) s'impose comme un facteur clé. Les discussions engagées du 22 octobre au 6 novembre 2025 répondent à un double impératif. Le premier est celui de restaurer la transparence budgétaire et le second, est de garantir la soutenabilité de la dette. Les marchés ont réagi favorablement à la la reprise du dialogue, confirmant le rôle central du FMI dans l'évaluation du risque souverain.
Pour autant, les autorités sénégalaises demeurent réservées à l'option d'une restructuration de la dette, souvent associée à des coûts sociaux, économiques et politiques élevés. Elles privilégient une stratégie de gestion active, fondée sur l'allongement des maturités et la substitution progressive des financements les plus onéreux. Mise en oeuvre avec rigueur, cette approche pourrait dégager des marges budgétaires non négligeables à court terme.
Croissance élevée, vulnérabilités persistantes
Les performances macroéconomiques offrent néanmoins un certain répit. Une croissance proche de 8 %, portée par le démarrage de l'exploitation des hydrocarbures, ainsi qu'une réduction du déficit budgétaire, témoignent d'une certaine capacité de rebond appréciable. Ces indicateurs favorables ne sauraient toutefois occulter les vulnérabilités structurelles des finances publiques ni la dépendance accrue aux financements internes.
Vers une africanisation du financement public ?
L'expérience sénégalaise soulève, en arrière-plan, une interrogation plus large sur le rôle des marchés financiers régionaux africains. Peuvent-ils constituer une alternative crédible et durable aux marchés internationaux ? Les quelque 58 000 milliards de FCFA levés sur le marché de l'UEMOA au cours de la dernière décennie attestent d'une montée en puissance réelle. Mais cette option comporte des risques, notamment celui d'un effet d'éviction du secteur privé ou d'une concentration excessive de la dette à l'échelle régionale.
En s'appuyant sur le marché régional, le Sénégal fait le choix d'un pragmatisme, dicté par les contraintes du moment. La viabilité de cette stratégie dépendra de la capacité de l'État à restaurer la confiance, à renforcer la transparence budgétaire et à inscrire l'endettement public dans une trajectoire soutenable. À défaut, le refuge régional pourrait progressivement se transformer en dépendance, réduisant les marges de manoeuvre financières de l'Etat.