L'année 2025 s'est imposée comme l'une des plus difficiles de ces dernières décennies pour la presse sénégalaise. Entre la persistance des tensions politiques persistantes ayant conduit à la fermeture de médias et à des retraits de signaux, le durcissement du cadre réglementaire et l'aggravation des fragilités économiques, le secteur privé de l'information a traversé une période de fortes turbulences, marquée par un bras de fer inédit avec l'État.
Dès les premiers mois de l'année, le climat entre les autorités publiques et les organes de presse s'est fortement détérioré. Plusieurs décisions administratives, officiellement justifiées par la volonté d'assainir le secteur et de lutter contre la désinformation, ont été perçues par de nombreux professionnels comme des restrictions disproportionnées à l'exercice de la liberté de la presse.
En première ligne de ce conflit, le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS) qui avait alerté dès le 22 janvier 2025, lors d'une conférence de presse consacrée à la situation du secteur. « La situation catastrophique des entreprises et conséquemment celles des travailleurs ont surtout empirée durant l'année 2024 et nous le regrettons pendant les dix mois du nouveau pouvoir incarne par Bassirou Diomaye Faye, en raison des mesures handicapantes pour l'entreprise de presse ».
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Parmi les éléments ayant cristallisé ce bras de fer, au-delà des politiques jugées « handicapantes » par les professionnels, notamment « une fiscalité asphyxiante et l'interdiction faite aux entreprises publiques de passer des publicités dans les médias privés ». A cela, s'est ajouté la décision prise par arrêté ministériel en date du 22 avril, enjoignant aux médias déclarés « non conformes » de cesser toute diffusion ou tout partage de contenus, et de supports, sous peine de l'application des sanctions prévues par les articles 193, 194, 200, 203 et 204 du Code de la presse. Cette mesure s'inscrivait dans le cadre du processus de vérification engagé par le ministère de la Communication, en vue d'une restructuration du secteur.
Jugée illégale par les responsables des médias concernés, cette décision a suscité une vive contestation, notamment de la part de la journaliste, Aissatou Diop Fall, propriétaire de Public.sn soutenue par le CDEPS. Les plaignants ont dénoncé un abus de pouvoir et une atteinte grave à la liberté de la presse, saisissant la Chambre administrative de la Cour Suprême. Elle leur a finalement donné raison, en annulant l'ensemble des arrêtés ministériels établissant une liste de médias conformes au Code de la presse. Dans son délibéré du 12 juin 2025, la Cour avait ordonné la suspension de la notification de cessation de parution visant le média Public SN, fondé et dirigé par la journaliste Aïssatou Diop Fall.
Une autre décision rendue le 11 décembre 2025 est venue confirmer cette position à la suite d'un recours introduit par le CDEPS. Au-delà de l'arrêté relatif à la régulation des médias et des entreprises de presse, la Cour a également annulé le document ministériel controversé portant création de la Commission d'examen et de validation des déclarations des entreprises de presse du Sénégal pour l'éligibilité au Fonds d'appui et de développement de la presse (FADP). Cette série de décisions judiciaires a constitué un tournant important dans le rapport de force entre l'État et la presse sénégalaise au cours de 2025