À Maurice, certaines pratiques observées en mer traduisent un manquement éthique et civilisationnel qui interroge profondément la capacité du pays à concilier développement touristique, protection de la biodiversité et respect de l'État de droit. Des sorties en mer continuent de mettre en danger les mammifères marins tout en exposant les touristes à des risques réels, notamment lorsque ces activités se déroulent dans des conditions météorologiques défavorables, comme l'illustrent des images récemment diffusées sur les réseaux sociaux.
Malgré l'existence des Tourism Authority (Dolphin and Whale Watching) Regulations 2012 et les recommandations répétées des autorités et des organisations spécialisées, les pratiques illégales de nage avec les cachalots persistent. L'année 2025 a touché à sa fin, mais loin de s'atténuer, ces activités ont connu une recrudescence notable durant le mois de décembre, période marquée par un afflux important de touristes venus célébrer les fêtes de fin d'année à Maurice.
Une vidéo publiée cette semaine par une touriste russe, ayant participé à une sortie de nage avec des cachalots, illustre une nouvelle fois ces dérives. Dans son message publié sur Facebook, elle évoque une expérience décrite comme «magique», soulignant la proximité avec les cétacés. Les images montrent toutefois une réalité plus préoccupante : plus d'une dizaine de bateaux encerclant les cachalots, tandis que les skippers encouragent les passagers à se jeter à l'eau.
On distingue clairement au moins cinq personnes nageant à très courte distance des animaux, dans un contexte où l'état de la mer est jugé mauvais, augmentant les risques tant pour les mammifères marins que pour les nageurs.
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Face à cette situation, l'organisation non gouvernementale (ONG) #Savetheblu reconnaît le courage et l'engagement de la National Coast Guard, qui opère dans des conditions souvent difficiles et avec des moyens limités.
L'organisation estime toutefois que l'action des forces en mer à elle seule ne saurait suffire. Elle appelle à une intervention rapide et structurée du gouvernement afin de garantir que l'ensemble du secteur touristique maritime s'aligne pleinement sur les réglementations en vigueur, tout en tenant compte de la viabilité économique des opérateurs locaux.
#Savetheblu plaide en faveur d'un soutien interministériel coordonné, avec l'élaboration d'une feuille de route claire assortie d'objectifs concrets et mesurables. L'ONG indique avoir déjà informé plusieurs ambassades afin de sensibiliser leurs ressortissants au respect strict de la loi mauricienne. Elle déplore néanmoins l'absence, à ce stade, de mesures concrètes ou de communications officielles fortes, qualifiant cette situation de honteuse et de profondément irrespectueuse pour l'image du pays.
Selon l'organisation, l'inaction des États concernés, notamment la Russie, l'Italie et la Thaïlande, met en péril non seulement la biodiversité marine de Maurice, mais également la sécurité de leurs propres ressortissants.
Les comportements observés sont qualifiés de «crime écologique», caractérisés par le harcèlement, la perturbation et la déplétion des populations de mammifères marins. Ces atteintes dépassent le simple cadre d'infractions administratives et traduisent, selon l'ONG, une incapacité collective à concilier progrès économique et respect de la vie.
Dans ce contexte, #Savetheblu recommande que le Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, à la tête du comité de supervision concerné, prenne directement en charge ce dossier sensible. L'objectif serait d'instaurer des actions immédiates et efficaces, incluant des sanctions ciblées tant à l'encontre des opérateurs fautifs que des touristes qui enfreignent la loi.
Du côté du ministère du Tourisme, on indique que les autorités sont pleinement conscientes de l'existence de ces activités illégales. Le ministère souligne que la lutte contre ces pratiques figure parmi les priorités identifiées pour l'année 2026. Il précise qu'un comité gouvernemental travaille actuellement sur ce dossier et que de nouveaux règlements sont en préparation afin d'encadrer plus strictement ces activités dans un avenir proche.