Au terme d'une saison 2025 qualifiée de « charnière », la Fédération ivoirienne de badminton (FIBad) dresse le bilan de ses actions et fixe le cap pour 2026. Entre reconstruction, inclusion du para-badminton et ambitions olympiques, le président Honoré Zolobé fait le point.
2025 s'achève avec l'organisation conjointe des phases finales du para-badminton et du badminton classique. Au-delà de l'événement, quels résultats concrets cette saison a-t-elle réellement produits pour le badminton ivoirien ?
Avant toute chose, permettez-moi de vous remercier pour cette opportunité d'échange autour d'une discipline encore peu connue sous nos latitudes, et plus particulièrement en Côte d'Ivoire. Je profite également de ce début d'année pour adresser mes voeux de santé et de bien-être. Sur le fond, il faut reconnaître que nous revenons de très loin.
La Fédération a fait le choix courageux de travailler simultanément sur trois axes : le retour au haut niveau, le renforcement de la base et la structuration nationale. Au haut niveau, la Côte d'Ivoire a renoué avec la scène continentale à travers trois tableaux majeurs. En para-badminton, la participation à l'Open international d'Égypte, en début d'année 2025, a permis à nos athlètes en situation de handicap de cumuler des points essentiels pour leur réintégration dans les classements internationaux.
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Chez les seniors, les compétitions continentales disputées au Ghana en juillet 2025, qualificatives pour le Championnat du monde d'airbadminton, ont livré des résultats encourageants. Quant aux U15, leur présence aux Championnats d'Afrique ouvre des perspectives réelles. À la base, la saison a été marquée par la création de nouvelles ligues régionales, avec pour objectif immédiat l'intégration du badminton aux activités de l'Oissu. Sur le plan structurel, 2025 a également permis à la Fédération de bénéficier de l'appui de l'instance mondiale du badminton pour finaliser son Plan stratégique de développement 2026-2029.
Vous évoquez l'identification d'ambassadrices et d'ambassadeurs pour porter les couleurs nationales en 2026. En quoi les Championnats nationaux constituent-ils un véritable outil de détection de l'élite ?
L'organisation des Championnats nationaux n'est pas une option, mais une obligation statutaire. Les champions issus de ces compétitions sont, par définition, les représentants légitimes du badminton ivoirien. Ce mécanisme garantit une sélection fondée sur le mérite sportif et permet d'éviter toute forme de complaisance ou de pratiques antisportives. Pour que cette sélection soit réellement performante et non symbolique, elle doit s'inscrire dans une dynamique de participation régulière aux compétitions internationales, avec toutes les exigences que cela implique, notamment en matière de moyens financiers et logistiques.
Le para-badminton est désormais pleinement intégré aux compétitions nationales. S'agit-il d'un choix de conviction ou d'une contrainte institutionnelle ?
Il s'agit à la fois d'un choix de conviction et d'une obligation institutionnelle. Le badminton est, par nature, une discipline inclusive. Les impacts sont significatifs. En matière de visibilité, les athlètes, autrefois hésitants, s'affirment désormais pleinement. Sur le plan international, nous bénéficions d'un accompagnement pour la classification des nouveaux athlètes handisport.
Toutefois, le soutien du Comité national paralympique reste encore insuffisant pour assurer un positionnement durable de nos athlètes sur la scène internationale. En 2024, la Côte d'Ivoire est passée tout près d'une qualification aux Jeux paralympiques de Paris, après un parcours honorable. Il convient néanmoins de saluer l'engagement du gouvernement ivoirien qui, depuis deux saisons, accorde des bourses aux athlètes de para-badminton.
Depuis la participation de la Côte d'Ivoire aux championnats d'Afrique U15 en 2023, quelles avancées concrètes ont été enregistrées dans la formation des jeunes ?
L'épisode de 2023 demeure malheureusement douloureux. Bien que le déplacement ait été annoncé comme financé par la Solidarité olympique, la fédération a participé à ces championnats U15 sans percevoir le moindre financement, pourtant versé au Comité national olympique de Côte d'Ivoire (Cno-Civ). Les dettes contractées à cette occasion ont conduit, après réclamation, à ma révocation de mes fonctions de secrétaire général du Comité national olympique de Côte d'Ivoire.
Malgré cela, la fédération a poursuivi sa politique de développement des catégories U15 et U17, avec en ligne de mire les Jeux africains d'Angola et les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Pour l'Angola, les passeports des athlètes et des encadreurs ont été établis, et les préparatifs confiés à la Ligue d'Abengourou, disposant d'une académie et d'une expertise reconnue, en lien avec Odienné, Yamoussoukro et Abidjan.
Malheureusement, à la veille des Jeux, aucune notification officielle n'a été adressée à la Fédération ivoirienne de badminton pour expliquer l'exclusion de la discipline. Cette situation fragilise nos efforts et affecte le moral des parents. Pourtant, la Côte d'Ivoire dispose aujourd'hui d'une pépinière prometteuse, prête à assurer la relève de figures emblématiques telles que les frères Zolobé (Alex et Franck, basés en Belgique), Ousmane Ouedraogo au Burkina Faso, Ahi Franck, ainsi que les championnes Laurene N'Dia et Esmel Osseane.
Nous sommes en janvier 2026. Quelles sont les principales réformes engagées par la Fédération ?
L'année 2026 marquera une rupture profonde pour le badminton ivoirien. Plusieurs réformes structurantes sont prévues : la révision des statuts avec la limitation des mandats, le renforcement des moyens alloués aux clubs légalement constitués, l'intégration effective du badminton dans les compétitions scolaires et universitaires, ainsi que le déploiement d'une politique nationale de formation des cadres. L'objectif est clair : repositionner durablement le badminton ivoirien et permettre sa participation aux Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.