L'équipe nationale du Soudan, dont les joueurs vivent en exil depuis plus de deux ans à cause de la guerre civile, espère réussir l'exploit de sortir le Sénégal en huitième de finale, ce samedi 3 janvier à Tanger (16h TU). Mais les Lions, qui connaissent bien les Soudanais, seront plus que jamais sur leur garde.
Cela faisait près de 14 ans, depuis 2012, et sept éditions de la Coupe d'Afrique des nations, que le Soudan ne s'était pas invité au deuxième tour du tournoi continental. Le succès contre la Guinée équatoriale (1-0) lors de la deuxième journée, malgré deux défaites contre l'Algérie (0-2) et le Burkina Faso (0-2), a suffi aux Faucons de Jediane pour s'ouvrir les portes des huitièmes de finale. Et c'est déjà une immense victoire. Car, pour le Soudan, ce huitième de finale va bien au-delà du simple enjeu sportif.
Depuis plus de deux ans, les joueurs vivent et s'entraînent loin de chez eux, déplacés par une guerre civile dévastatrice. Cette CAN 2025, ils l'ont préparée dans un exil imposé, jouant tous leurs matches « à domicile » en Libye, loin de leur public et de leurs repères.
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Depuis avril 2023, un conflit sanglant oppose en effet l'armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), faisant des dizaines de milliers de morts et près de 12 millions de déplacés. L'ONU parle de la pire crise humanitaire actuelle. Naturellement, pour les joueurs, chaque succès sportif prend une dimension symbolique. « Quand nous gagnons, tous les Soudanais dans le monde sont au courant, confie John Mano, attaquant soudanais, interrogé par RFI.
Dans cette CAN, on veut faire quelque chose qui pourra nous rendre fiers auprès de nos compatriotes. » Le capitaine Bakhit Khamis, présent en conférence de presse vendredi, ajoute : « Nous sommes fiers de ce que nous avons accompli et heureux d'avoir franchi la phase de groupes pour accéder aux huitièmes de finale. Nous jouons avec l'espoir de gagner et d'apporter de la joie au peuple soudanais. »
Face aux Lions, sur le papier, la marche semble trop haute, même si, au niveau du palmarès, les Soudanais peuvent regarder droit dans les yeux les Sénégalais après avoir, eux aussi, disputé trois finales de CAN (1959, 1963, 1970) et en avoir remporté une, en 1970.
Mission impossible ?
Mais aujourd'hui, à l'heure de fouler la pelouse de Tanger, les faits sont là : le Sénégal n'a jamais perdu contre le Soudan et n'a même jamais encaissé un but face à cet adversaire en cinq confrontations. La première mission des hommes de Kwesi Appiah sera donc de marquer, eux qui n'ont toujours pas inscrit de but dans cette CAN, n'ayant profité que d'un contre son camp face à la Guinée équatoriale.
Pour autant, le sélectionneur ghanéen des Faucons de Jediane croit l'exploit possible. « Nous ne sommes pas venus à la CAN pour faire de la figuration, martèle Kwesi Appiah. Le Sénégal est une grande équipe. Nous la respectons beaucoup, mais nous ne la craignons pas. »
En face, le Sénégal aborde ce rendez-vous avec sérieux, même privé de son capitaine Kalidou Koulibaly, suspendu. S'il déplore l'exil des adversaires, Pape Thiaw, sélectionneur des Lions, veut rester focalisé sur le sportif : « Je préfère parler football et sport, le reste, ce n'est pas mon domaine », a-t-il répondu au sujet de la situation au Soudan. Sur l'aspect tactique, il met en garde contre tout excès de confiance : « Nous avons récemment disputé deux matchs face au Soudan, nous connaissons bien cette équipe et ses qualités. C'est une formation organisée et rapide dans les transitions. On s'attend à un match compliqué. »