Maroc: Fès, sanctuaire de la Tidjaniyya entre ferveur et héritage

4 Janvier 2026

Lieu de recueillement, de transmission et de mémoire, la zaouia Cheikh Ahmed Tidiane de Fès est bien plus qu'un simple édifice religieux. Chaque jour, elle accueille des fidèles venus du Maroc et d'ailleurs, portés par une quête spirituelle qui traverse les siècles. Immersion dans un sanctuaire où l'histoire se mêle à la ferveur.

À quelques pas de l'effervescence de la médina de Fès, une porte discrète s'ouvre sur un autre rythme, une autre dimension. Ici, les voix se font murmures, les pas ralentissent et les regards se lèvent vers l'essentiel. La zaouia Cheikh Ahmed Tidiane, fondée à la fin du XVIIIe siècle, reste à ce jour un point d'ancrage incontournable de la confrérie tidjane, que les disciples soient locaux ou venus du Maroc, du Niger, du Nigeria, du Sénégal...

Entre prières collectives, visites de pèlerins et héritage spirituel vivant, le lieu continue de rayonner bien au-delà de ses murs. Contraste saisissant : dès que l'on pénètre dans la zaouia, le bourdonnement du marché qui le jouxte disparaît. Comme si les murs formaient un hiatus entre le matériel et l'immatériel.

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Et en ce début d'année où certains sont encore groggy après avoir festoyé lors du passage de 2025 à 2026, d'autres profitent des premières lueurs de l'an nouveau pour assouvir une quête : le pèlerinage sur les lieux où repose Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, le guide suprême de la Tijaniya.

Découverte

En descendant de voiture près du marché, il faut arpenter un chemin étroit semblable à des tunnels souterrains, avant de découvrir un lieu presque caché, tel un trésor gardé jalousement. Dès l'entrée dans la zaouia, l'accueil est chaleureux. Un homme assis à quelques pas de la porte vous montre les toilettes et les robinets pour faire les ablutions, puis vous invite à attendre la « wasifa » qui suit la prière d'Asr. Quelques instants après, les fidèles commencent à affluer, venus des quatre coins pour prier, mais aussi se recueillir sur la tombe de Seydi Cheikh Ahmed Tidiane.

Certains visages semblent éclairés par la lumière du saint homme, tandis que d'autres ont les yeux pétillants d'une sensation qui, jusque-là, leur était inconnue. Rien qu'à leur démarche pour aller vers le mausolée, hésitante et timide, on témoigne de la grandeur de celui qui repose en ces lieux.

Ensuite, la prière d'Asr (Takusan) est effectuée, puis la wasifa, dans des prières psalmodiées avec une ardente dévotion dans la voix. Puis, tout le monde va auprès de Chérif Hamza, petit fils de Cheikh Ahmed Tidiane, pour qu'il formule des prières et des bénédictions. L'homme, habillé tout en noir, accueille tout le monde avec grand sourire avant de prendre les mains de chaque visiteur dans les siennes pour faire des incantations.

Parmi le balai de fidèles, un homme arrive avec sa femme. Tous deux saluent le descendant de leur guide avec dévotion. Fatao, qui vient du Niger, connait sa première visite en ces lieux. « Je suis de la tariqa tidjaniyya. C'est un honneur pour moi d'être ici, en ce lieu qui, on peut le dire, est l'origine même de la Tidjaniyya. Ça renforce ma foi. Je pars du principe qu'il faut toujours savoir d'où l'on vient, et c'est ce que représente Fès : le berceau de la Tidjaniyya. Alors venir ici pour la première fois, c'est extraordinaire et lourd de sens pour moi », renseigne-t-il.

À quelques pas de Monsieur Fatao, un autre fidèle prend des photos, des vidéos, sourit comme un enfant qui se réveille le matin de Noël avec des cadeaux rien que pour lui. Car au fond, la foi a un aspect individuel qui dépasse l'entendement : des milliards de personnes peuvent avoir la même confession, néanmoins, sa manifestation va différer d'une personne à l'autre. Et c'est ce que pense Aboubacar, un Malien qui découvre les lieux grâce à la Coupe d'Afrique des Nations.

« Vous savez, j'ai beaucoup entendu parler de Fès et j'ai rêvé plusieurs fois de venir ici. Alors, quand j'ai su que j'allais venir pour regarder mon pays à la CAN, je me suis dit que je ne me pardonnerais jamais si je venais au Maroc sans venir me recueillir à Fès. Et maintenant que c'est fait, je me rends compte que c'est plus beau que tout ce que j'avais imaginé », clame l'homme à la barbe, dans une djellaba immaculée.

En sortant des lieux, deux Sénégalais passent. Ils habitent à Nantes, en France, et font partie d'une dahira affiliée à la fédération Ouest dans l'Hexagone. Là-bas, ils se retrouvent tous les vendredis pour la traditionnelle hadaratou jummah, et en avril, il y a le grand Gamou du secteur Grand Ouest, qui réunit une dizaine de dahiras venus de Nantes, Rennes, Le Mans, Angers, Tours... « En tant que disciple de Cheikh, il est tout à fait normal de venir à Fès. Et à chaque fois, c'est une sensation inexplicable qui m'anime.

C'est ma 4e visite en ces lieux, et si cela ne dépendait que de moi, je viendrais tous les ans. Mais à chaque fois, c'est une joie immense. Et quand je fais face au mausolée du saint homme, je formule toutes les prières possibles pour toutes les personnes que je connais, parce qu'il y a tellement de fidèles qui font le voeu de venir mais qui n'en ont pas la possibilité. Que Dieu nous accorde la force de venir en ces lieux à chaque fois que de besoin et qu'Il renforce notre foi.

Et comme disait Mame Abdou Aziz Sy Dabakh : "Que Dieu fasse de moi un vrai disciple de Cheikh", alors nous aussi, on formule ce voeu, car ce n'est pas chose aisée. De plus, on prie aussi pour l'équipe nationale du Sénégal », confie l'un des Sénégalais, le visage rayonnant de joie.

À Fès, quand le visiteur tourne le dos à la zaouia, le tumulte de la médina reprend ses droits. Néanmoins, quelque chose demeure, silencieux, tenace : la certitude d'avoir effleuré un lieu où le spirituel continue, envers et contre le temps, de guider les pas, puisqu'ici rien ne s'impose, tout se transmet. La foi ne s'y crie pas, elle s'y vit humblement au fil des générations, avec la promesse de vous accompagner longtemps après l'avoir quitté.

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