Au Soudan, des médecins tirent la sonnette d'alarme face à une catastrophe humanitaire imminente au Kordofan du Sud assiégée par les Forces de soutien rapide (FSR), notamment dans la ville de Dilling touchée par des bombardements intensifs et un blocus prolongé. Selon le Réseau des médecins soudanais, près de deux millions de personnes vivent dans la région, dont plus de 270 000 déplacés internes. La structure craint que le drame survenu à El-Fasher en octobre dernier, lors duquel des milliers de civils ont été massacrés, ne se reproduise.
Au Soudan, les affrontements se sont intensifiés au Kordofan. Après le Kordofan du Nord, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), menés par le général Mohammed Hamdan Daglo dit Hemetti, concentrent désormais leurs attaques sur Dilling, au coeur du Kordofan du Sud, une région stratégique peuplée de plus de deux millions d'habitants située au carrefour des routes commerciales vers le Tchad et le Soudan du Sud.
« D'un point de vue militaire, c'est un emplacement géographique stratégique, proche de pays où les FSR peuvent obtenir du soutien plus facilement que dans le centre du pays », explique Mohamed Faisal Hassan, porte-parole du Réseau des médecins soudanais. « C'est aussi une zone pétrolière. Les principales raffineries du pays sont dans cette région et dans le Kordofan de l'Ouest ».
Le « même scénario qu'à El-Fasher »
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Selon les Nations unies, la situation humanitaire à Dilling, comme à Kadugli, la capitale du Kordofan du Sud assiégée depuis plusieurs semaines, est de plus en plus critique. Les stocks de nourriture et de médicaments s'amenuisent et le prix des denrées de base a été multiplié par cinq selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).
Des décès quotidiens sont signalés, et la malnutrition aiguë progresse, notamment parmi les déplacés. L'ONG Human Rights Watch rapporte par ailleurs que les bombardements des FSR visent régulièrement des infrastructures civiles, notamment des hôpitaux et des écoles.
Pour résumer ce qui se passe à Dilling, c'est à peu près le même scénario qu'on a vu à El Fasher, qui a causé la crise humanitaire la plus grande dans les zones habitées. Donc les gens souffrent beaucoup, on a des taux très élevés de malnutrition, en particulier chez les enfants. C'est vraiment une crise maintenant.
Mohamed Faisal Hassan, porte-parole du réseau des médecins soudanais sur la situation à Dilling
Juliette Dubois Selon les médecins soudanais, plus de 200 000 personnes seraient aujourd'hui piégées à Dilling et Kadugli, sans accès sûr à l'aide humanitaire. « Les civils ne devraient jamais faire partie de l'équation de cette guerre », dénonce Mohamed Faisal Hassan.
« Les premières victimes vont être les enfants, les jeunes, les femmes enceintes et ainsi de suite. C'est exactement le même scénario qu'on a vu à El-Fasher. Ils font ça pour forcer les gens à fuir la ville ».
Les médecins soudanais appellent à la levée immédiate du siège sur Dilling et sur Kadugli.