Margot Thibault, biologiste marine et chercheuse à l'UMRAnthropi (Université de La Réunion), a récemment présenté ses travaux doctoraux sur la pollution plastique dans le sud-ouest de l'océan Indien lors d'un atelier régional à Maurice.
Son étude analyse de manière exhaustive les concentrations de plastique flottant dans l'océan et échoué sur les îles, notamment à Madagascar, aux îles Éparses, à La Réunion, aux Seychelles, ainsi que dans d'autres pays membres de la Western Indian Ocean Marine Science Association (WIOMSA). Ses recherches mettent en évidence l'impact de cette pollution sur la faune marine, en utilisant les tortues caouannes (Caretta Caretta) comme bio-indicateurs.
Dans son étude intitulée «Le contenu intestinal des tortues caouannes (caretta caretta) reflète-til les types, les couleurs et les sources de pollution plastique dans le sud-ouest de l'océan Indien ?» publiée en septembre dernier avec plusieurs autres chercheurs sur sciencedirect. com révèlent un point chaud critique de pollution plastique dans le sud-ouest de l'océan Indien, avec des impacts écologiques tangibles, en particulier sur la vie marine. La prédominance des bouteilles d'eau en plastique souligne l'interaction entre la pollution environnementale et les facteurs socio-économiques tels que l'accès à l'eau.
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Asie du Sud-Est à la source du problème
«Le véritable problème dans l'océan Indien est l'accès à l'eau potable. Cela entraîne une production massive de bouteilles en plastique, mais un déséquilibre perdure entre leur importation, leur fabrication, leur distribution et leur gestion. Comme cette gestion n'est pas uniforme, ces bouteilles finissent dans l'environnement, dans l'océan, et même à l'intérieur des tortues que j'ai étudiées», explique-t-elle.
L'analyse des débris plastiques ingérés par les tortues caouannes capturées accidentellement entre 2007 et 2021 dans le sud-ouest de l'océan Indien (SWIO) révèle qu'au total, 202 des 266 tortues caouannes analysées avaient ingéré des plastiques.
Les plastiques classés comme «durs» et «blancs» étaient tout aussi présents chez les tortues caouannes que sur les plages, ce qui suggère une absence de sélectivité alimentaire. L'audit des marques et la modélisation de la circulation ont tous deux démontré que l'Asie du Sud-Est est la principale source de pollution plastique dans la région. Cette étude démontre que les tortues caouannes peuvent être utilisées comme bio-indicateurs de la pollution plastique dans le SWIO.
De plus, des observations confirment que la pollution plastique pénètre dans l'océan Indien, où elle s'accumule dans un vortex ou une zone concentrée souvent appelée «plaque de déchets». Cette dernière représente une accumulation importante de plastiques, formant ce que l'on peut décrire comme un «continent de plastique». Une étendue plus élevée que celle observée dans l'océan Atlantique, mais inférieure à celle de l'océan Pacifique Nord.
«J'ai observé un garbage patch qui est situé au sud de Rodrigues et en face de Durban à latitude 33 degrés sud» affirme-t-elle. «Plastic Odyssey est un exemple concret de recyclage localisé du plastique sur des îles isolées. Je suis montée à bord 20 jours pour collecter les débris plastiques flottants avec les filets et identifier les bactéries pathogènes fixées dessus à l'île de Sainte-Marie, aux Seychelles. Ce fut une expérience vraiment très enrichissante», souligne-t-elle.
Elle exprime son souhait d'établir une coopération inter-îles afin de créer un système de récupération et de recyclage des déchets en circuit court, réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis du recyclage à l'étranger et diminuant les émissions de carbone. Elle souhaite également utiliser les fonds et les budgets disponibles pour améliorer l'accès à l'eau potable non seulement à La Réunion, mais aussi dans les îles voisines.