Deux incidents sur la ligne Maurice-Rodrigues en deux mois soulèvent des inquiétudes. Le dernier, le 2 octobre, concernait un léger contact de l'ATR 72-500 avec la piste. La sécurité soulève des doutes, tout comme le rôle exact de l'Accountable Manager d'Air Mauritius (MK).
Selon un ancien directeur de la compagnie aérienne nationale, dans l'aviation commerciale, les titres définissent des responsabilités juridiques précises, en particulier lorsqu'il s'agit de sécurité des vols. «L'un des concepts les plus fondamentaux du droit aéronautique moderne est celui d'Accountable Manager. À Air Mauritius, ce concept est aujourd'hui dénaturé, avec des conséquences graves pour la gouvernance et la sécurité.
Personne ne conteste l'expérience ni le professionnalisme de la personne occupant cette fonction. Mais la sécurité aérienne ne se fonde pas sur la compétence technique seule. Elle repose sur une chaîne claire d'autorité et de responsabilité, Or, l'Accountable Manager n'est pas administrateur, ne contrôle pas les finances et ne définit pas la stratégie de la compagnie.
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Sa nomination comme Accountable Manager, intervenue à l'époque du Managing Committee, était erronée dès l'origine. Elle demeure injustifiable aujourd'hui, alors même qu'un nouveau CEO a été nommé. Une Direction de l'Aviation Civile digne de ce nom est tenue d'approuver l'Accountable Manager et de vérifier que la personne désignée dispose d'une autorité effective. Le silence du régulateur face à une désignation incohérente n'est pas une neutralité prudente : c'est une défaillance réglementaire».
L'Accountable Manager selon l'EASA (European Union Aviation Safety Agency) est la personne qui détient l'autorité ultime au sein de la compagnie aérienne et qui peut mobiliser toutes les ressources nécessaires - financières, humaines et techniques - pour garantir la conformité réglementaire et la sécurité des vols.
«Un principe simple s'impose : on ne peut être responsable de la sécurité sans détenir le pouvoir réel de décision. C'est pourquoi, dans les compagnies correctement gouvernées, cette fonction est assumée par le CEO ou le Directeur général, mandaté par le Conseil d'administration», précise l'ancien directeur de MK.
Selon lui «la sécurité des vols ne tolère ni l'ambiguïté ni l'inaction. À Air Mauritius, le CEO doit assumer le rôle d'Accountable Manager, ou le Conseil d'administration et le régulateur doivent rendre des comptes publiquement. Sans clarification immédiate, la compagnie nationale risque de confondre, une fois de plus, communication et gouvernance, au détriment de ce qui devrait être non négociable : la sécurité aérienne».
Une question centrale demeure : la sécurité est-elle vraiment au premier plan ou est-elle parfois reléguée au second plan face à des contraintes structurelles et à l'inaction perçue ?