Sénégal: Au cœur de la tannerie Chouara de Fès, héritage d'un savoir-faire millénaire

 Dans les tanneries de Fès, ville historique et capitale spirituelle du Maroc, le cuir retrouve une seconde vie sous les mains d'artisans centenaires, gardiens d'un savoir-faire se transmettant de génération en génération. Un héritage qui impose à l'avenir le prestige du passé.

Entre bassins colorés et ateliers, enfants et familles vivent et travaillent depuis des générations, perpétuant un savoir-faire unique au cœur de la Médina.

Fès, joyau historique du Maroc, se distingue par sa partie traditionnelle, l'une des plus vastes et des mieux conservées du monde arabe avec ses infrastructures millénaires.

Ses ruelles étroites et sinueuses abritent monuments, écoles coraniques et marchés traditionnels où l'artisanat reste omniprésent.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, la Médina de Fès, appelée aussi "Fès el-Bali", est réputée pour ses tanneries, ses poteries et ses teintureries, où le passé et le présent se mêlent dans un décor vivant.

Ici, les pavés anciens témoignent d'un savoir-faire transmis de génération en génération.

En s'éloignant des passages animés, des enfants qui courent dans les ruelles, le regard et l'ouïe se tournent vers l'Oued Fès, la rivière qui traverse la ville depuis l'époque médiévale, dont le clapotis discret accompagne les artères comme une bande sonore, jusqu'aux portes de la tannerie.

Cette rivière est essentielle : son eau, acheminée par de petits canaux, sert à tremper, laver et rincer les peaux, permettant aux artisans de perpétuer un savoir-faire ancestral.

L'accès à la tannerie se fait par une boutique de vestes, sacs et poufs en cuir marocain.

Dès l'entrée, un volontaire se propose comme guide, distribuant des feuilles de menthe verte avant même le début de la visite. "C'est pour masquer l'odeur de la tannerie", explique-t-il avec un sourire, soulignant l'aspect brut et traditionnel du lieu.

Après des escaliers étroits recouverts de carrelage en céramique, se dévoilent des tableaux retraçant l'histoire de la tannerie près desquels sont accrochées des peaux dont l'odeur imprègne l'air. Comme un tableau final, le spectacle de la tannerie Chouara se découvre enfin dans toute sa splendeur.

Depuis une terrasse surplombant les bassins circulaires, les visiteurs peuvent observer une mosaïque de couleurs, comme une œuvre d'art : jaune safran, rouge, brun, blanc éclatant. Plus bas, des hommes travaillent pieds nus, plongés jusqu'aux genoux dans les cuves.

Sur la terrasse, des visiteurs français et anglais suivent attentivement les explications de leur guide.

Pour nous, c'est Abdessamad El Missouad qui raconte le rituel ancestral du tannage et la fabrication des cuirs. "Les tanneries existent depuis environ 1 200 ans", précise-t-il, alors que des dizaines de peaux sont étalées sur les murs, formant un décor impressionnant.

Les gestes des artisans sont précis, répétés depuis des siècles, chaque mouvement façonnant le cuir avec un savoir-faire transmis de génération en génération.

Entre les bassins, la vie suit son rythme naturel, un groupe d'enfants sautillent pour trouver leur chemin, certains revenant de l'école, d'autres s'y rendant, sans jamais perturber le travail des artisans.

Plus de 280 familles berbères vivent ici. Les artisans travaillent jusqu'à 14 heures par jour et habitent sur place avec leurs familles, et leurs enfants connaissent chaque passage étroit comme leur terrain de jeu.

Abdessamad poursuit : "Nous avons quatre catégories de cuir : la vache, le chameau, le mouton et la chèvre. Chaque peau suit un rituel immuable, du trempage au lavage, puis à la coloration, qui peut durer près d'un mois selon la teinte recherchée."

Le bleu provient de l'indigo, le rouge du coquelicot, le vert de la menthe, le marron du bois, et le jaune, le plus précieux, du safran. Chaque artisan récupère ensuite ses peaux pour fabriquer sacs, vestes, poufs et autres articles exposés dans les boutiques environnantes.

Cette production artisanale, soutenue par l'UNESCO et le ministère marocain du Tourisme, constitue un patrimoine vivant que le gouvernement marocain s'efforce de préserver. Les artisans sont nourris et logés sur place et gagnent entre 500 et 700 euros par mois (entre 328 000 et 460 000 francs CFA environ).

La visite se termine naturellement dans la boutique attenante, où les créations des artisans sont exposées et proposées à la vente, entre 300 et 500 euros, soit environ 200. 000 et 325.000 francs CFA.

Les visiteurs peuvent ainsi repartir avec un morceau de ce savoir-faire ancestral et un souvenir réel de la magie des tanneries de Fès.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 120 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.