Médailles continentales, reconnaissance internationale et émergence d'une nouvelle génération portée notamment par le cyclisme féminin. Voilà ce qui résume la progression cyclisme mauricien en 2025. Le président de la Fédération mauricienne de cyclisme (FMC), Michel Mayer dresse le bilan d'une année de confirmation, marquée par l'installation d'une dynamique durable. Les mots-clé en 2026 seront formation, structuration et ambition. Entretien...
Quel regard portez-vous globalement sur l'année 2025 pour le cyclisme mauricien ? Peut-on parler d'une saison de confirmation ?
2025 a clairement été une année de confirmation et de consolidation. Le travail de fond entamé ces dernières années, sous les mandats à la présidence de Lawrence Wong et Jean-Philippe Lagane, avec l'expertise technique de Michel Thèze, commence à porter ses fruits, tant sur le plan des résultats que de la structuration. Nous ne parlons plus de performances isolées, mais d'une dynamique globale qui touche les élites, les jeunes et les cadres techniques.
Les résultats continentaux ont été marquants, avec quatre médailles aux Championnats d'Afrique. Que représentent-ils pour la FMC ?
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Ces médailles sont extrêmement importantes. Elles confirment que Maurice fait désormais partie des nations respectées du cyclisme africain. Elles renforcent notre crédibilité auprès des instances continentales, de nos partenaires -- notamment notre sponsor principal la MCB et le ministère de la Jeunesse et des Sports -- mais surtout auprès de nos athlètes, qui constatent que le travail et la rigueur paient.
Les performances féminines ont été remarquables avec Kimberley Le Court-Pienaar et Lucie Lagesse. Quel est l'impact sur le cyclisme féminin à Maurice ?
Kim est une véritable locomotive, une source d'inspiration, et nous espérons que son parcours encouragera davantage de jeunes filles à se lancer dans le cyclisme. Lucie, quant à elle, incarne clairement l'avenir.
Le cyclisme féminin mauricien peut entrer dans une nouvelle ère, à condition que certaines conditions soient réunies : sécurité sur la route, encadrement adapté et confiance des parents.
Nous avions lancé le projet « La route se partage » en début d'année avec les autorités concernées, sans succès. Nous le relancerons en 2026, tout comme notre demande pour la reprise du projet de vélodrome, indispensable au développement durable de la discipline.
La FMC peut-elle reproduire le parcours de Kimberley Le Court-Pienaar avec d'autres athlètes ? Ou reste-t-elle dépendante de cas isolés ?
Kim est exceptionnelle, mais notre ambition n'est pas de dépendre d'un seul talent. Afin de faire émerger d'autres profils de son calibre, il est essentiel que nos coureurs évoluent au sein d'équipes étrangères, tout en continuant à représenter Maurice lors des grandes compétitions internationales. C'est l'exposition au très haut niveau, au quotidien, qui permet de franchir un cap décisif. En 2026, une dizaine de cyclistes mauriciens seront sous contrat avec des équipes étrangères, un chiffre inédit pour notre pays. C'est un signal fort : nos coureurs sont désormais reconnus, suivis et recrutés sur la scène internationale.
C'est aussi un message d'espoir et de responsabilité pour nos jeunes : croire en son potentiel, travailler avec rigueur et accepter les sacrifices peut aujourd'hui mener à une véritable carrière internationale.
Le COM a confirmé Kimberley Le Court-Pienaar comme boursière olympique, alors que la FMC avait proposé Lucie Lagesse. Comment réagissez-vous cette décision ?
La FMC respecte les décisions institutionnelles, mais notre vision reste claire : optimiser les chances de qualifier plusieurs cyclistes pour Los Angeles 2028, et non une seule. Kim évolue déjà au plus haut niveau mondial. Tout à son honneur, Kim a, à titre personnel, a fait part de sa volonté de céder sa bourse au profit de Lucie, estimant que cette dernière, en pleine ascension, bénéficierait davantage de ce soutien à ce stade de son parcours.
La FMC a beaucoup investi dans la formation des jeunes, avec de nombreux stages à l'étranger. Quels bénéfices concrets observez-vous aujourd'hui chez ces jeunes cyclistes exposés à des structures internationales ?
Les bénéfices sont très concrets : meilleure discipline, compréhension du haut niveau, adaptation aux exigences internationales et professionnalisation des comportements. Nos jeunes reviennent plus mûrs, plus ambitieux et mentalement mieux préparés.
L'encadrement et l'hygiène de vie sont-ils devenus un axe central ?
Absolument. Comme l'a souvent rappelé Michel Thèze, le talent seul ne suffit pas. Structure, rigueur, récupération, nutrition et encadrement sont désormais au coeur de notre politique de développement. C'est indispensable pour durer au plus haut niveau.
Au-delà du cyclisme sur route et sur piste, une discipline connaît un essor important au niveau mondial : le gravel. La FMC envisage-t-elle de lancer et de développer cette spécialité à Maurice ? Ceci d'autant que cette discipline supplante même le VTT dans certains pays ?
Il n'y a pas de doute que le gravel est en plein essor mondial. Malheureusement, à Maurice, nous ne disposons pas encore de circuits réellement adaptés. Les chemins off-road sont souvent trop rocailleux et la majorité des parcours se trouvent sur des terrains privés clôturés. Nous misons énormément sur le VTT , nous avons plus de 20 courses prévus en 2026.
Des stages à l'étranger sont-ils prévus pour les élites garçons en vue de préparer les courses UCI 2026 ?
Des stages ciblés à Maurice sont prévus, avec un accent particulier sur la préparation physique, tactique et mentale, sous la responsabilité de l'entraîneur national, Vincent Graczyk. L'objectif est que nos coureurs arrivent compétitifs et confiants sur les courses UCI. Ceci dit, la FMC n'envisage pas, à ce stade, d'envoyer les coureurs en stage à l'étranger pour préparer spécifiquement les courses UCI. Tout cela requiert un financement important. En janvier, une sélection va au Bajaj Pune Grand Tour (19-23 janvier) et ce sera une bonne préparation pour la suite. On préfère donner la chance aux cadets et juniors de faire des stages à l'étranger.
En quoi les investissements dans la formation des cadres techniques et officiels renforcent-ils la crédibilité et la performance globale de la fédération ?
Sans entraîneurs et officiels formés, il n'y a pas de sport crédible. Ces investissements améliorent la qualité des compétitions, la sécurité, l'équité et la gouvernance. C'est un pilier fondamental de notre développement.
L'administration de la FMC et le staff ont été renforcés. Peut-on aujourd'hui mesurer concrètement l'impact de ces recrutements sur la performance sportive et la gouvernance ?
Une fédération moderne ne peut pas reposer uniquement sur le bénévolat. Depuis début 2025, notre trésorier Dominique Béchard a mis en place un nouveau système de contrôle financier via QuickBooks. Nous sommes régis par le Registrar of Associations et redevables envers nos sponsors et nos clubs affiliés ; la rigueur administrative est donc essentielle.
Quels seront les principaux objectifs sportifs et structurels de la FMC pour cette année 2026 ?
Sportivement, nous voulons performer sur les courses UCI à l'étranger, briller au Tour de Maurice et être compétitifs aux Championnats du Monde à Montréal. Structurellement, nous nous attellerons à consolider nos programmes jeunes, renforcer le cyclisme féminin et relancer le projet «La route se partage».
Qu'entendez-vous au juste par être compétitifs aux Championnats du Monde à Montréal ?
Nos meilleures chances de briller reposeront sans aucun doute sur Kimberley Le Court-Pienaar et Tristan Hardy. Ils seront les fers de lance de la sélection mauricienne. Lors des derniers championnats on voulait avoir une grosse délégation parce que c'était la première fois qu'ils se tenaient en Afrique. Pour Montréal, il faudra voir comment les choses évoluent au cours des prochains mois. Même s'il y a des places qui nous ont été allouées, on ne va pas envoyer du monde seulement pour faire de la figuration ou en guise de récompense. La participation nous coûte de l'argent et il faut qu'elle ait un sens.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes cyclistes mauriciens qui rêvent aujourd'hui d'une carrière internationale ?
Croyez en vos rêves, mais soyez prêts à travailler dur. Le talent ouvre la porte ; la discipline et la persévérance permettent de demeurer au plus haut niveau. La FMC est là pour accompagner celles et ceux qui s'engagent pleinement. L'avenir du cyclisme mauricien vous appartient.