Ile Maurice: Francesco Riotta, le ségatier sauce sicilienne

C'est une première. Un Italien qui chante du sega, porté par des musiciens mauriciens, entre Méditerranée et océan Indien. Avec Mami, Francesco Riotta propose bien plus qu'une chanson. C'est une rencontre humaine, culturelle et musicale, née du voyage, du métissage et de l'ouverture à l'autre.

Auteur-compositeur-interprète, guitariste, artiste visuel et producteur sicilien, Francesco Riotta est originaire de Palerme. Sa musique s'est forgée dans le quartier populaire et interculturel de Ballarò, au contact des communautés africaines, des sons du reggae, du bambarà, du soukous, du ska, mais aussi de la tradition sicilienne. «Je suis un musicien en recherche permanente. J'ai toujours regardé vers l'Afrique, ses r ythmes, ses histoires, sa profondeur», confie-t-il.

Francesco Riotta, 41 ans, est aussi professeur des écoles.

Mami voit le jour à l'été 2024, dans un petit studio de Palerme. Francesco traverse alors une période de doute lorsqu'il rejoint son ami musicien Yannick Tiolo, lui-même chanteur et artiste, chez lui. «Je pensais qu'on allait juste se promener. Finalement, il m'a dit : "Non, viens à la maison, il y a des musiciens mauriciens." Ils jouaient du séga. Quand Jérôme a pris la basse et Yannick les percussions, le son est sorti naturellement. Le séga est apparu comme une évidence.»

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«La plus belle chanson que j'ai écrite»

Le morceau est enregistré à Palerme, avec les images tournées dans la ville. Les arrangements et la basse sont signés Jérôme Manal, les percussions et choeurs par Yannick, la guitare par Joas Manal, tandis que le mix et le mastering sont réalisés à La Réunion par Samuel Henri. «C'est le premier séga chanté par un Italien et joué par des Mauriciens. Je ne pensais jamais faire du séga dans ma vie», sourit Francesco.

Mami est une chanson d'amour, douce et sensuelle. «Le mot "mami" est utilisé en Amérique du Sud pour draguer, pour parler avec tendresse. L'homme dit mami, la femme répond papi. C'est une chanson intime, une histoire de flirt. Beaucoup de gens me disent que c'est la plus belle chanson que j'ai écrite.»

S'il reconnaît la complexité du rythme, l'artiste assume l'apprentissage. «Le séga est très difficile rythmiquement. Mais en même temps, il y a une simplicité qui te permet de le vivre avec tranquillité. C'est compliqué et simple à la fois. J'apprends encore.»

Maurice, une «introspection»

C'est grâce au séga que Francesco Riotta met pour la première fois les pieds à Maurice. «Je n'avais jamais imaginé venir ici. Grâce au sega et à Yannick Tiolo, tout a changé. Cette île m'a donné des choses que je n'aurais jamais pu imaginer.»

Il découvre la famille de Yannick, dont ses oncles Riccardo, Maxwell, Dario, mais aussi le fameux Clarel Armel, partage des moments de musique, rencontre des artistes locaux, écoute Kaya, et se rend sur des lieux chargés d'histoire comme Aapravasi Ghat et le musée de l'esclavage. «Pour un Européen, c'est essentiel. Ce voyage est une introspection. Il m'aide à déconstruire le racisme structurel que l'Europe nous transmet, parfois sans qu'on s'en rende compte.»

Il est aussi frappé par le vivreensemble mauricien. «Ici, on ne m'impose pas une religion. Les temples hindous, les mosquées, les églises coexistent. En Italie, il y a beaucoup de peurs, surtout autour de l'islam. Maurice montre que vivre ensemble est possible. L'Italie a beaucoup à apprendre de cette île.»

Pédagogue engagé

Âgé de 41 ans, Francesco Riotta est aussi professeur des écoles dans le nord de l'Italie. Il travaille avec des élèves dyslexiques, en difficulté scolaire ou issus de l'immigration. «Il y a un énorme potentiel chez ces jeunes. Mais sans opportunités économiques, beaucoup abandonnent leurs études. Pourtant, ils pourraient être les médecins, les professeurs, les intellectuels de demain.» Porté par l'accueil mauricien et l'énergie du sega, Francesco travaille déjà sur un nouveau titre : Vague Tropikale du séga. «Je cherchais une direction musicale depuis longtemps, notamment en Afrique de l'Ouest. Et puis le séga est arrivé naturellement. Je me suis laissé capturer.»

Entre conscience sociale et amour de la musique, entre la Sicile et Maurice, Mami s'inscrit comme un symbole fort : celui d'un sega sans frontières, ouvert, profondément humain.

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