Madagascar joue à dix sur la scène internationale. Le constat est brutal.
Dans plusieurs capitales stratégiques, le pays n'a tout simplement pas d'ambassadeur. Difficile, dans ces conditions, de parler de rayonnement diplomatique quand les postes clés sont laissés vacants et que les ambassades fonctionnent au ralenti, parfois réduites à de simples guichets administratifs.
En Europe, le tableau est sans appel. Berlin, Rome, Londres, Bruxelles et Genève ne sont plus dirigées par des ambassadeurs depuis plusieurs années. Les représentations malgaches y avancent au pas, sans impulsion politique ni stratégie d'influence. À Paris, l'une des places diplomatiques les plus sensibles pour Madagascar, l'ambassade est restée sous la direction d'un chargé d'affaires depuis le décès de l'ambassadeur Hugues Rajhonson, en avril 2025. Une situation qui perdure et qui affaiblit la voix malgache dans un pays partenaire de premier plan.
En Asie, la situation empire. À Pékin, après le limogeage de Jean Louis Robinson, l'ambassade malgache reste sans ambassadeur. Sous son mandat, la représentation s'était déjà transformée en simple bureau de gestion administrative et consulaire, loin de jouer le rôle de levier stratégique pour renforcer les relations avec Beijing. À New Delhi, Moscou et Tokyo, Madagascar n'a également pas d'ambassadeur. Autant de capitales majeures où le pays est absent du terrain diplomatique.
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Dans l'océan Indien, Port-Louis est également privé d'ambassadeur depuis le départ de Camille Vital. Là encore, le poste reste vacant, sans perspective claire de redynamisation. En Afrique, même scénario. Pretoria, Dakar, Alger, Rabat et Addis-Abeba, siège de l'Union africaine, ne bénéficient pas d'ambassadeur. Une anomalie pour un pays qui revendique son ancrage africain et son engagement continental.
Déserté. Seule exception notable, Washington. L'ambassade de Madagascar aux États-Unis est dirigée par l'ambassadrice Lantosoa Rakotomalala. Un îlot de stabilité dans un paysage diplomatique largement déserté. À l'inverse, la représentation permanente de Madagascar auprès des Nations unies à New York et l'ambassade à Ottawa restent, elles aussi, sans ambassadeur.
Cette situation n'est pas nouvelle. Elle s'inscrit dans la continuité d'une politique diplomatique où l'optimisation des représentations à l'étranger n'a jamais été une priorité depuis 2009. Le régime actuel poursuit la même trajectoire que son prédécesseur, laissant les ambassades fonctionner à bas régime, sans vision claire ni stratégie de présence internationale. Dans plusieurs cas, selon nos sources, les ambassades dans ces grandes villes sont gérées par « deux ou trois agents ».
Au ministère des Affaires étrangères, la situation fait délier les langues. Depuis que la refondation est devenue un mot d'ordre politique, les cadres du département, regroupés au sein de leur syndicat, sont montés au créneau. Ils réclament une mise en valeur des agents formés et expérimentés en relations internationales pour occuper les prochains postes d'ambassadeurs. Car, depuis des décennies, ces fonctions ont souvent été perçues comme des récompenses offertes à des alliés politiques, parfois dépourvus de compétences diplomatiques élémentaires, y compris la maîtrise de la langue du pays d'affectation.
Sur la scène internationale, dans le contexte actuel d'effervescence géopolitique, la diplomatie est un sport de haut niveau. Elle exige de la présence, de l'endurance et de la stratégie. À force de laisser les postes clés vacants, Madagascar recule, perd du terrain et laisse filer des opportunités.
