En Tunisie, six salariés de la branche tunisienne de l'ONG France Terre d'Asile - dont trois en état de fuite - ont fait face à la justice, lundi 5 janvier, après une première audience, le 15 décembre. Ils étaient jugés pour avoir aidé des migrants en situation irrégulière, tout comme 17 employés de la ville de Sousse, à 143 kilomètres de Tunis, dont deux en détention et le reste en comparution libre.
Des travailleurs humanitaires de l'ONG française Terre d'asile en Tunisie, jugés pour avoir « facilité l'entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi, a annoncé le comité de soutien de l'une d'eux. Sherifa Riahi, ancienne directrice de l'ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de 20 mois. Le comité a publié sur Facebook une vidéo d'elle à sa sortie de prison et indiqué que les autres travailleurs humanitaires avaient également été libérés.
« Je ne regrette rien, je n'ai fait que mon travail », avait affirmé plus tôt Shérifa Rihai, ancienne directrice de la branche tunisienne de l'ONG France Terre d'Asile, devant le juge, lundi 5 janvier, selon ses avocats. Interrogée avec ses collègues, elle a expliqué à la barre avoir « toujours respecté les réglementations tunisiennes » et que les actions menées, par l'association, en faveur des migrants, « se sont faites en conformité avec la loi et avec les conventions signées par l'État tunisien ».
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Elle était accusée, avec d'autres, d'avoir utilisé un fonctionnaire public ou un membre d'une collectivité locale pour procurer, à un tiers, un avantage injustifié, selon le Code pénal, et d'aide directe ou indirecte à un étranger en Tunisie, dans le but de lui faciliter l'entrée, la sortie et la circulation ou bien le séjour irrégulier, selon la loi relative à la condition des étrangers en Tunisie.
Une peine de deux ans de prison avec sursis
Ces chefs d'accusation étaient passibles de dix ans d'emprisonnement. Les salariés de Terre d'Asile risquaient aussi entre un mois et un an de prison pour l'hébergement de personnes entrant clandestinement dans le territoire tunisien ou leur affectation à un lieu d'hébergement, selon la loi relative aux passeports et aux documents de voyage.
Alors que la menace d'un nouveau report pesait sur cette audience, les avocats de la défense ont insisté pour plaider et ont souligné les irrégularités et les dysfonctionnements qui ont entaché la procédure judiciaire.
L'avocat Mahmoud Daoud Yaacoub, membre du collectif de défense de Sherifa Riahi, a déclaré à l'AFP que le tribunal avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis à l'encontre des accusés détenus, dont Sherifa Riahi. « Demain, nous prendrons connaissance du reste du jugement concernant les accusés en liberté », a-t-il ajouté.
Enjeux politiques
Joint par RFI, Romdhane Ben Amor, chargé de Communication du Forum tunisien des droits économiques et sociaux, une ONG qui travaille aussi sur la migration, explique les enjeux politiques qui entourent ce procès.
C'est une nouvelle vague de répression envers la société civile qui a eu lieu aujourd'hui et qui a commencé, depuis février 2023, avec le discours raciste du président de la République.
Romdhane Ben Amor, chargé de Communication du Forum tunisien des droits économiques et sociaux
