Au Cameroun, le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration de Martinez Zogo, animateur retrouvé mort le 22 janvier 2023 à Yaoundé, a repris ce 5 janvier 2026 avec l'audition d'un ancien membre de la Direction générale du renseignement extérieur (DGRE). Dans cette affaire, l'ancien chef des opérations de la DGRE et l'ancien patron de cette institution font partie des principaux accusés.
Au Cameroun, deuxième audience de l'année dans le dossier de l'assassinat de l'animateur Martinez Zogo, ce 6 janvier 2026 au tribunal militaire de Yaoundé. La veille, l'audience a entendu le témoignage du commissaire divisionnaire Ellong James, un ancien directeur des opérations de la Direction générale du renseignement extérieur (DGRE).
Dans ce dossier, l'ancien chef des opérations de la DGRE, Justin Danwe, et l'ancien patron de l'institution, Maxime Eko Eko, font partie des principaux accusés.
À la barre, Ellong James a décrit une opération, de la surveillance à l'enlèvement de Martinez Zogo, teintée de plusieurs irrégularités. Justin Danwe n'avait pas le pouvoir de lancer une telle action contre Martinez Zogo, estime à la barre le commissaire James Ellong. Selon lui, seul le directeur général de la DGRE en a l'autorité. Or, Maxime Eko Eko, directeur général au moment des faits, conteste avoir donné un tel ordre.
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Interrogé sur la composition du commando, Ellong James a pointé des choix « non-conformes aux pratiques » et « hors des canons habituels du service ». En effet, 80 % des membres de l'équipe étaient originaires du Nord du pays.
Maître Bougny, avocat de Justin Danwe, dénonce de son côté un conflit d'intérêts, affirmant que Ellong James ne voulait pas de Justin Danwe comme successeur : « Quand vous êtes à un poste et que votre prédécesseur n'a pas souhaité que vous soyez là, vous comprenez qu'il y a pratiquement un conflit d'intérêts. Quand on vous a dit, ils sont à 80% du Grand Nord, ça veut dire quoi ? C'est léger de dire des choses comme ça. »
Des incohérences
Le témoignage du commissaire Ellong dépeint une opération effectuée hors du cadre de la chaîne de commandement de la DGRE.
Maître Claude Assira, avocat de l'État du Cameroun, souligne : « Il a indiqué ce que nous avons appelé la cible. Vous avez pu constater que Martinez Zogo ne pouvait pas être une cible pour l'État du Cameroun, considéré comme une entité qui protège la vie des individus. »
Le commissaire Ellong a également pointé des incohérences. De la surveillance à l'enlèvement de Martinez Zogo, l'opération a duré 17 jours. « Cela coûte cher », explique James Ellong, qui précise que « la DGRE n'a pas de caisse noire ». Impossible donc, selon lui, que Justin Danwe ait pu, avec des fonds officiels, financer seul cette opération.
Retour sur l'affaire Martinez Zogo Le 22 janvier 2023, au matin, les Camerounais apprennent la découverte du corps sans vie de Martinez Zogo - Arsène Salomon Mbani Zogo de son vrai nom -, animateur d'une émission de radio très populaire à Yaoundé. Il avait 51 ans, une femme, des enfants...Tous les matins, en semaine, dans son émission « Embouteillages », il invectivait, dénonçait, vitupérait contre les maux de la société camerounaise et contre les puissants, à l'exception du président, Paul Biya, qu'il encensait.
Enlevé le 17 janvier, dans la soirée, il est retrouvé sans vie, nu sur un terrain à 25 kilomètres environ de la capitale, portant des traces de sévices.
En fermant l'information judiciaire, le colonel-magistrat, Pierrot Narcisse Nzie, troisième juge d'instruction militaire en charge de l'enquête, a renvoyé en instance de jugement dix-sept accusés, tous détenus. Parmi eux : l'ancien patron de la DGRE (le service de contre-espionnage camerounais), Léopold Maxime Eko Eko, le lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations à la DGRE, le patron du groupe de presse L'Anecdote, Jean-Pierre Amougou Belinga, et l'édile Stéphane Martin Savom, cadre administratif et maire de Bibey, commune de la région Centre du Cameroun.
Resté longtemps enlisé dans des questions de procédure, le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration de l'affaire Martinez Zogo s'est ouvert le lundi 25 mars 2024 au tribunal militaire de Yaoundé. Les débats sur le fonds ont commencé le 1er septembre 2025. Le corps de Martinez Zogo est toujours à la morgue.