Lors de ses voeux, le président de la transition, le général Assimi Goïta, a annoncé l'ouverture, dans le courant de l'année, de « consultations » sur l'avant projet de loi qui devra déterminer « les conditions de formation et d'exercice des activités des partis politiques ». La totalité des formations maliennes sont dissoutes depuis le mois de mai.
Les dirigeants des organisations politiques maliennes estiment que les consultations annoncées ne sont pas crédibles et que les militaires, au pouvoir depuis plus de cinq ans et sans élections, ne cherchent qu'à s'y maintenir.
« C'est une fuite en avant dans leur confiscation du pouvoir », estime un dirigeant de parti dissous qui, parce qu'il vit au Mali, s'exprime de manière anonyme. « On ne parle pas d'élections mais de processus d'élaboration d'une charte sur toute une année », pointe encore cette source désabusée avant d'ajouter : « Je ne crois plus en rien venant de ce régime ».
« C'est de la poudre aux yeux, abonde un autre ex-dirigeant de parti. Depuis le début, ils ne font qu'organiser des consultations manipulées. Aucune crédibilité. »
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« Duperie inquiétante »
Opposant en exil, Ismaël Sacko dénonce quant à lui « une ruse », « une duperie inquiétante ». « Assimi Goïta veut créer des partis politiques qui vont le suivre et l'accompagner », estime le président du PSDA qui précise qu'il ne participera pas à ces consultations et appelle plutôt « à continuer à croiser le fer et à éveiller les consciences des Maliens » pour créer les conditions de la paix et du retour à l'ordre constitutionnel.
« Ces consultations sont un non-évènement », estime pour sa part Housseini Amion Guindo, président de la Codem et membre de la Coalition des forces pour la République (CFR) portée par l'imam Dicko. Rappelant les promesses passées et non tenues d'élections, ainsi que les cinq années renouvelables officiellement accordées aux autorités maliennes de transition, en juillet dernier, l'ancien ministre aujourd'hui « en clandestinité » juge que « la parole d'Assimi Goïta n'est plus crédible ».
Prison
Depuis le mois de mai dernier, toutes les organisations politiques maliennes sont officiellement dissoutes et leurs activités interdites. De nombreuses personnalités politiques ou de la société civile sont actuellement emprisonnées, certaines depuis parfois plusieurs années, pour avoir tenu des propos critiques des autorités de transition.
Parmi les cas les plus connus, on peut citer ceux de l'ancien Premier ministre Moussa Mara, du chroniqueur radio Ras Bath ou du militant anticorruption Clément Dembélé. Un contexte qui limitera nécessairement la portée et la sincérité des futures consultations annoncées par le général Assimi Goïta.
Plusieurs personnalités politiques maliennes qui soutiennent le régime de transition ont été sollicitées par RFI. Aucune n'a souhaité s'exprimer.
«La priorité n'est pas d'écrire de nouvelles règles sous contrainte, mais de restaurer un cadre politique normal» Parmi les personnalités jointes par RFI figure également Étienne Fakaba Sissoko. Opposant en exil, il est le porte-parole de la Coalition des forces pour la République (CFR) portée par l'imam Dicko.
« En théorie, des consultations sur une charte des partis politiques peuvent être utiles mais, au Mali, les partis politiques sont dissous, des responsables politiques sont arrêtés, réduits au silence ou contraints à l'exil, et les libertés publiques restent fortement restreintes. Dans ces conditions, une consultation risque de produire un texte sans légitimité réelle. Une charte ne peut pas refonder la vie politique si ceux qui doivent faire vivre la démocratie, la vie publique, ne sont pas libres de s'exprimer comme ils le souhaitent », affirme-t-il.
« La priorité, ce n'est donc pas d'écrire de nouvelles règles sous contrainte, mais c'est de restaurer un cadre politique normal, des libertés fondamentales garanties, des acteurs politiques réhabilités et une transition civile crédible. Le gouvernement de transition, la junte militaire... preuve a été faite de leur volonté de se maintenir au pouvoir de façon indéfinie et toutes les actions qui sont aujourd'hui mises en oeuvre [par ces autorités de transition, NDLR] concourent justement à ce maintien au pouvoir », poursuit Étienne Fakaba Sissoko.