Maroc: Abdelhak Serhane «Ecrivain ?»

Abdelhak Serhane, psychologue de formation, est natif d'Azrou, une ville ancienne située à 18 km au sud-ouest d'Ifrane, connue pour sa grande histoire et la rareté de ses paysages.

Dans un entretien avec soi-même ou avec l'autre de soi-même, l'auteur nous offre une réflexion des plus belles sur l'écrivain. Ce dernier est tantôt considéré comme un nomade, un voyageur infatigable « à la recherche des pâturages et des points d'eau », « un bohémien de la parole », tantôt comme un artisan, un carreleur traçant l'architecture de ses mosaïques.

Si d'une part il voyage entre les signes et les syllabes, s'il est fidèle à la parole qui se chargera pour le coup de l'éterniser, signe de gratitude respectueuse ; d'autre part, il s'attache à une besogne singulière, à savoir chercher comment les couleurs et les formes se correspondent de façon à fixer un sourire, un geste ou un morceau de soleil.

Les personnages et les idées de l'écrivain sont pris pour autant de signes traduisant un cri fort contre la haine, l'injustice, le racisme, la mort, la faiblesse, la banalité, la bêtise... Ses cris sont 'autant d'appels au secours', 'autant de soleils contre la nuit'. Aussi l'écrivain doit-il dire et exprimer sa rage car il se refuse à devenir un homme banal. Il doit dire toutes 'les mémoires en ruine', 'toutes les fleurs et tous les oiseaux assassinés'...

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Or est-ce si évident de dire 'l'écume prisonnière de la folie et de la violence', 'le massacre de la vie' ? est-ce si simple de parler face à ce qui ne va pas ?

L'écriture est à admirer comme une toile ou comme une symphonie. L'écrivain n'a à sa disposition que les mots, la langue, son outil et matériau précieux. Seule la beauté compte pour lui, c'est-à-dire la vérité. En cela, et malgré tout, il tient tête à la fureur des flots périlleux : s'exposer au risque pour protéger le printemps de la vie contre la nuit de l'hiver.

« L'espérance habite ton coeur meurtri, et telle une eau douce, tu caresses le chant interrompu de la terre. Tant que ta parole sera pure, tu donneras des ailes à l'horizon ».

Comme le peintre, l'artisan du verbe crée la beauté sans pour autant révéler sa méthode de travail. « L'assoiffé ne cherche pas l'origine de l'eau qui le désaltère, et l'homme talonné par la faim et la misère ignore la poignée de mains bleues tracée sur son sac de farine ».

L'écrivain n'échappe pas non plus aux attaques et aux diatribes des envieux, celles des critiques surtout, attendant qu'il termine son texte pour le juger. Mais jamais personne n'interroge sa peur, sa solitude, sa souffrance, son inquiétude. Or, lui, il apprend l'indulgence grâce à l'écriture.

«Ecrire, c'est aussi ça : être tolérant. Ceux qui ne sont pas habités par le démon de l'écriture ne peuvent pas pardonner. Leurs mains sont d'argile et leur mémoire pue le venin et la cendre ».

L'écriture ! Tout à tour ennemie et amie, c'est l'ange et le diable. Elle le défie en permanence, elle se joue de lui quand il se croit abuser d'elle. Elle prend pitié de lui et elle l'apprécie quand surtout il persévère dans une idée, quand surtout il réalise qu'elle ne peut être 'un produit sur commande'. Il est seul, il n'a rien d'autre que la patience. Il doit patienter, en attendant...

Et la langue ?

Elle n'appartient à personne, elle s'offre en revanche à celui qui veut se l'approprier par l'apprentissage. C'est à l'image d'un fils adopté, quiconque aurait pu l'adopter. Mais la langue a besoin d'être aimée, pour pouvoir lui dire ses émotions, ses passions, les mémoires, les soleils... « Pour adopter un enfant, il faut l'aimer d'abord. Au-delà de toutes différences. Il faut le vouloir. L'accepter tel qu'il est. Il faut être disposé à se confondre avec la dune. Il faut savoir être tolérant. Contre la peur. Contre la fatalité. Contre la laideur».

Tel un artisan du rêve, l'écrivain va dans sa solitude assumée. Son savoir-faire qui est un discours traverse tous les siècles et toutes les mémoires. L'écrivain véridique reste. Sa parole compte parce qu'elle dit le juste.

Permettez-moi d'intervenir et de dire que j'ai lu là un véritable 'écrivain véridique', pour ainsi reprendre l'expression de Tolstoï à propos de Nicolas Leskov. Héritier pur et simple des qualités natives, l'auteur de Messaouda en sait long sur l'écriture, cet art dont seuls les plus sensibles connaissent les secrets. Cette distinction native du style, il se pourrait qu'Azrou y soit pour quelque chose !

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