Ile Maurice: Ce que la justice jugera cette année

L'année judiciaire 2026 s'ouvre sous le signe de la confrontation avec le passé récent. Après une série d'enquêtes longues et souvent sensibles, marquées en 2024 et 2025 par des arrestations menées par la Financial Crimes Commission (FCC), plusieurs dossiers majeurs arrivent à un tournant décisif. Des affaires politico-financières aux grands procès criminels, la justice est appelée à trancher dans des causes directement liées à la confiance des citoyens envers les institutions.

Parmi les dossiers les plus attendus, il y a celui de Pravind Jugnauth. L'ancien Premier ministre est poursuivi pour blanchiment d'argent après la saisie de plus de Rs 113 millions en liquide, retrouvées dans des valises et des sacs lors d'une perquisition. Après plusieurs renvois liés à la poursuite de l'enquête, l'affaire doit être appelée devant la cour, le 27 janvier prochain. Cette audience représente une étape importante dans un dossier devenu emblématique de la lutte contre les flux financiers illicites et sur la capacité de la justice à traiter des affaires impliquant d'anciens dirigeants politiques.

Autre dossier central : l'affaire Mauritius Investment Corporation (MIC) - Apavou, issue d'enquêtes sur l'utilisation de fonds publics par la MIC. Renganaden Padayachy, ancien ministre des Finances, est poursuivi pour des décaissements présumés irréguliers. Son cas doit être entendu, le 18 février. Cette affaire met en lumière les mécanismes de gouvernance financière de l'État et les responsabilités, qui pèsent sur les décideurs publics.

Dans le même cadre, Harvesh Seegolam, ancien gouverneur de la Banque de Maurice, est également concerné par l'enquête. Son cas doit être examiné le 27 mars, ajoutant une dimension institutionnelle forte à ce dossier déjà sensible.

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Cette année sera également marquée par la poursuite de l'affaire des coffres-forts impliquant l'actuel Premier ministre, Navin Ramgoolam. Ce dossier, ancien mais toujours actif, a connu une nouvelle étape en décembre dernier. Lors de l'audience, l'assistant du Directeur des poursuites publiques, Me Nataraj Muneesamy, a informé la cour que les éléments demandés avaient été réunis et formellement transmis à la défense. Ces pièces comprennent notamment des rapports de police, des extraits de registres d'enquête et des documents liés à l'entraide judiciaire. La défense ayant indiqué avoir reçu ces documents récemment, elle a demandé du temps pour en prendre connaissance et en vérifier l'exhaustivité.

La cour a alors renvoyé l'affaire au 15 janvier, une audience procédurale cruciale. Le procès ne sera pas pris sur le fond à cette date mais marque une étape déterminante : celle où la cour examinera si la divulgation des preuves a été faite correctement et quelles suites la défense entend donner, y compris d'éventuelles motions.

Sur le plan régional et financier, le dossier Mamy Ravatomanga continue également de progresser. L'homme d'affaires malgache, arrêté dans le cadre d'une vaste opération anticorruption, est poursuivi pour blanchiment d'argent et entente délictueuse. Le gel de plusieurs de ses avoirs est maintenu tandis que des audiences procédurales sont attendues prochainement. Bien qu'aucune date n'ait encore été fixée pour la prise sur le fond de cette affaire, elle reste l'une des plus complexes, suivies par les tribunaux mauriciens.

Les arrestations effectuées par la FCC en 2025 ont, par ailleurs, donné naissance à une série d'autres procédures, qui devraient être progressivement appelées en cour, cette année. Elles concernent des accusations de fraude, de corruption et de participation à des structures financières clandestines. Moins exposées médiatiquement, ces affaires constituent néanmoins un pan essentiel de la lutte contre la criminalité financière.

Quant au volet criminel, le procès de Navind Kistnah, toujours en détention préventive depuis huit ans, demeure l'un des plus lourds jamais jugés. Accusé d'avoir joué un rôle central dans l'importation d'une saisie record de 135 kilos d'héroïne dans le port de PortLouis en 2017, il est traduit devant la cour d'assises. Le procès devrait se poursuivre en plusieurs sessions cette année, avec l'audition de nombreux témoins et experts.

À travers ces dossiers, 2026 s'impose comme une année de vérité judiciaire. Chaque audience, chaque décision pèsera lourd, non seulement pour les accusés, mais aussi pour une société, qui attend de sa justice qu'elle soit rigoureuse, indépendante et à la hauteur des enjeux de son temps.

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