Le Groupe de la Banque mondiale poursuit son ambition d'élargir l'accès à des services de santé de qualité et financièrement abordables à 1,5 milliard de personnes d'ici à 2030. Cet objectif a été réaffirmé lors d'une réunion de haut niveau tenue mardi 6 janvier à Tokyo, réunissant des pays en développement et leurs partenaires internationaux, afin d'évaluer les progrès réalisés depuis le lancement de l'initiative en 2024.
Selon l'institution financière internationale, quinze pays ont déjà adopté des pactes nationaux pour la santé, définissant des réformes à mettre en œuvre sur une période de cinq ans. Ces feuilles de route visent à renforcer les soins de santé primaires, améliorer la protection financière des populations et soutenir une croissance économique créatrice d'emplois. Plusieurs pays africains figurent au cœur de cette dynamique.
Des avancées mesurables, mais des besoins encore considérables
Depuis l'annonce de cet objectif, la Banque mondiale et ses partenaires indiquent avoir contribué à fournir des soins de santé abordables et de qualité à environ 375 millions de personnes. Par ailleurs, 45 pays déploient actuellement des approches éprouvées pour améliorer les résultats sanitaires tout en stimulant l'emploi, notamment dans les secteurs de la santé, des chaînes d'approvisionnement locales et des activités connexes.
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Ces efforts s'inscrivent dans un contexte mondial marqué par le vieillissement de la population, la progression des maladies chroniques et des contraintes budgétaires croissantes. Le Rapport de suivi mondial 2025, présenté à Tokyo, rappelle toutefois l'ampleur des défis : 4,6 milliards de personnes n'ont toujours pas accès aux services de santé essentiels et 2,1 milliards subissent des difficultés financières liées aux dépenses de santé. Des chiffres qui, selon la Banque mondiale, soulignent la nécessité de réformes coordonnées et de long terme pour bâtir des systèmes de santé plus résilients et équitables.
L'Afrique au cœur des pactes nationaux pour la santé
Parmi les quinze pays ayant présenté un pacte national pour la santé figurent plusieurs États africains, notamment le Maroc, le Nigéria, l'Éthiopie, le Kenya, la Sierra Leone, l'Ouganda, l'Égypte et la Zambie. Approuvés au plus haut niveau de l'État, ces pactes associent étroitement les ministères de la Santé et des Finances autour d'objectifs mesurables et de priorités définies par chaque pays.
Les réformes s'articulent autour de trois axes principaux : l'élargissement et l'amélioration de la qualité des soins de santé primaires, le renforcement de la protection financière des ménages et le développement des ressources humaines dans le secteur de la santé.
Des initiatives concrètes sur le terrain
Plusieurs projets illustrent cette orientation en Afrique. En Sierra Leone, les autorités ambitionnent de garantir à chaque habitant un accès à des soins de santé primaires de qualité à moins de cinq kilomètres de son domicile, grâce à la construction de 300 nouveaux centres de santé. Parallèlement, 1 800 structures existantes doivent être équipées en énergie solaire et en connexions numériques.
En Éthiopie, le gouvernement prévoit de doter au moins 40 % des centres de santé primaires d'outils numériques, afin d'améliorer la qualité des soins cliniques et la gestion des personnels de santé.
Sur le plan du financement, le Kenya s'est engagé à doubler ses dépenses publiques de santé sur cinq ans pour atteindre 5 % du PIB, tout en élargissant la couverture de son système d'assurance maladie sociale de 26 % à 85 % de la population, avec une prise en charge intégrale pour les ménages vulnérables. De son côté, le Maroc prévoit d'étendre l'assurance maladie obligatoire à 22 millions de personnes supplémentaires.
Santé et industrialisation : un levier économique
La Banque mondiale met également en avant le potentiel économique du secteur de la santé. Au Nigéria, un programme prévoit la formation de 10 000 professionnels dans les domaines pharmaceutique et biotechnologique, la création de centres d'excellence et l'instauration d'incitations fiscales pour développer la production locale de vaccins, de médicaments, de produits de diagnostic et de technologies médicales.
Pour Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale, « des systèmes de soins primaires robustes ne protègent pas seulement la santé ; ils génèrent aussi des emplois et des opportunités économiques ». Une vision qui place la santé au carrefour des politiques sociales et du développement économique.
Un appui renforcé au partage des connaissances
Afin d'accompagner ces réformes, le Japon, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Banque mondiale ont lancé le Centre de connaissances sur la couverture sanitaire universelle, destiné à diffuser des solutions éprouvées et à favoriser l'apprentissage entre pairs. Cette initiative s'inscrit dans la continuité du Forum de haut niveau sur la couverture sanitaire universelle, qui a réuni à Tokyo responsables publics, acteurs privés, organisations internationales et représentants de la société civile.
À travers ces pactes nationaux et les projets qui en découlent, la Banque mondiale entend faire de la santé un moteur de développement durable, en particulier en Afrique, où les besoins restent considérables mais où les réformes engagées pourraient produire des effets économiques et sociaux durables.