Centrafrique: Archange sur un troisième nuage

Et de trois pour le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra ! En effet, après une véritable course d'obstacles, ce dernier a réussi à renouveler son bail au Palais de la Renaissance, et cela, pour la troisième fois d'affilée. On se rappelle encore la controverse qu'avait suscitée la révision constitutionnelle qui lui a permis de sauter le verrou limitant le nombre de mandats présidentiels pour s'ouvrir un boulevard à vie. La présidente du Conseil constitutionnel d'alors, qui avait tenté de lui barrer la route, en a pris pour son grade, limogée qu'elle a été, dans des conditions pour le moins humiliantes. C'est dire si Faustin Archange Touadéra a travaillé en amont à s'assurer la victoire à l'issue du scrutin du 28 décembre 2025.

Faustin Archange Touadéra doit se montrer à la hauteur des attentes de ses compatriotes

Tout est donc accompli pour le professeur de mathématiques qui, il faut le reconnaître, a tout de même réussi à stabiliser la République centrafricaine (RCA), en proie on le sait, à une grave crise sécuritaire. Certes, certaines localités échappent, jusque-là, au contrôle de Bangui, mais force est de reconnaître que Faustin Archange Touadéra a croisé le fer au point qu'il est parvenu à réduire la voilure des groupes armés qui étaient en passe de mettre le pays sous coupe réglée. Maintenant qu'il a pris "sa chose", Archange qui se trouve sur un troisième nuage, doit davantage retrousser les manches pour autant qu'il veuille se donner les chances de porter l'estocade aux fauteurs de troubles dans son pays.

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Il ne faudra surtout pas se gargariser des victoires engrangées sur le terrain au point de se laisser surprendre par les groupes armés qui, pas plus tard que la veille de la proclamation des résultats de la présidentielle par l'Autorité nationale des élections (ANE), se sont signalés dans la localité de Zémio dans le Haut-Mbomou. C'est dire si ces derniers disposent toujours d'une capacité de nuisance sur le terrain et qu'ils sont loin d'avoir dit leur dernier mot. En tout cas, Faustin Archange Touadéra doit se montrer à la hauteur des attentes de ses compatriotes qui ont choisi de lui renouveler leur confiance. Pouvait-il d'ailleurs en être autrement, quand on sait qu'en tant que candidat à sa propre succession, le natif de Bangui a bénéficié, à tous égards, du soutien de l'appareil d'Etat, comme c'est généralement le cas en Afrique où l'on n'organise pas des élections pour les perdre ?

Et ce n'est pas tout. Faustin Archange Touadéra n'avait pas d'adversaires politiques de taille, capables de lui tailler des croupières. Hormis les anciens Premiers ministres Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, tous les autres candidats ne faisaient pas le poids. Ce n'était que du menu-fretin que d'aucuns se plaisaient à présenter comme des politicards en panne de visibilité venus pour amuser la galerie. Pour autant, faut-il plaindre l'opposition centrafricaine ? Assurément, non ! Ce d'autant qu'elle n'est pas parvenue à s'unir pour se choisir un seul candidat face au président sortant.

La victoire de Touadéra sera confirmée et les éventuels recours de l'opposition, rejetés

Chacun a cru que son heure avait sonné, préférant être tête de rat que queue d'éléphant, jouant ainsi le jeu du pouvoir qui n'en demandait pas plus. Et ce ne sont pas les gesticulations des sieurs Dologuélé et Dondra qui pourront changer les choses ; eux qui, dénonçant des fraudes électorales massives, réclament « l'annulation pure et simple » de la présidentielle du 28 décembre. Ce combat, il faut avoir le courage de le reconnaître, est perdu d'avance. Car, ce n'est pas le Conseil constitutionnel que l'on sait piloté par un homme lige de Touadéra, qui prendra le risque de contredire l'ANE en invalidant les résultats de la présidentielle.

Certes, il y a eu des cas en Afrique où les « grands juges », ainsi qu'on les surnomme, ont pris à contrepied les princes régnants, mais quand on sait les conditions dans lesquelles le président du Conseil constitutionnel centrafricain a été nommé, il ne faut pas se faire d'illusions sur l'issue de la présidentielle. La victoire de Touadéra sera confirmée et les éventuels recours de l'opposition, rejetés. Et s'ils osent franchir le pas en appelant leurs ouailles à descendre dans la rue, Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra s'exposent au risque d'embastillement. Le pouvoir n'a-t-il pas déjà annoncé la couleur en mettant en garde contre tout trouble à l'ordre public ?

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