La scène politique camerounaise est sous tension depuis l'élection présidentielle du 12 octobre 2025. Dans ce climat d'incertitude et de contestation post-électorale où les rumeurs de fraude alimentent les manifestations, une absence frappe particulièrement : celle de Bello Bouba Maigari. Le leader historique de l'Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), crédité d'un modeste 2,45% des voix, s'est muré dans un silence absolu. Ce mutisme interroge ses militants et pèse sur l'échiquier politique national.
Pour un parti qui dirige la région de l'Adamaoua et la ville de Ngaoundéré, ce score est perçu comme une déroute. Elle survient dans un contexte national dramatique, marqué par une crise ayant fait plusieurs dizaines de morts selon les estimations. Le décès en détention du leader politique Anicet Ekane le 1er décembre n'a même pas tiré le président de l'UNDP de sa réserve, un cadre du parti confiant son amertume face à cette inertie.
Dans les couloirs du parti, l'embarras est total. Certains cadres boycottent désormais les médias, attendant une ligne directrice qui ne vient pas. Deux hypothèses circulent pour expliquer cette disparition. La première évoque un choc psychologique face à une défaite trop brutale. La seconde, plus stratégique, suggère des tractations discrètes en coulisses. Le pouvoir, engagé dans la formation d'un nouveau gouvernement, chercherait en effet à intégrer des figures de l'opposition pour élargir sa base et neutraliser la contestation.
Cette stratégie d'ouverture orchestrée par le président Paul Biya a déjà vu d'autres opposants, comme Cabral Libii, accepter des pourparlers. L'absence de Maigari pourrait-elle cacher des négociations pour une entrée au gouvernement ? Cette théorie est renforcée par l'attente générale qui paralyse le pays, le nouveau gouvernement promis par Biya pour "les prochains jours" se faisant toujours attendre, créant un climat propice à toutes les manœuvres.
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Le mois de janvier 2026 sera décisif. Le Comité central de l'UNDP doit se réunir dans sa première moitié. Alors que les législatives et municipales approchent, le parti ne peut plus rester dans l'ombre. Le silence prolongé de son "Président National" est-il le prélude à un retrait de la vie politique ou l'indice d'un dernier coup politique en préparation ? Dans un pays en attente, son prochain mot sera scruté comme un premier acte.