Au Cameroun, la Direction générale des renseignements extérieurs (DGRE) est au coeur des débats de l'affaire Martinez Zogo, animateur de radio critique du pouvoir, assassiné dans d'horribles conditions en janvier 2023. Près de trois ans plus tard, de nouveaux éléments sont versés au dossier au fil des audiences du procès. Appelée comme témoin à la barre le mercredi 6 janvier, Madame Moundié, chef de la division de la surveillance (DSE) à l'époque, a apporté son lot de révélations.
L'animateur de radio Martinez Zogo avait été mis sur écoute par la Direction générale des renseignements extérieurs (DGRE) depuis 2017, soit six années avant d'être tué. C'est en tout cas ce que révèle Madame Moudié, l'ex-cheffe de la division de surveillance électronique (DSE). Elle a occupé le poste pendant dix ans, jusqu'à sa mise à l'écart en mars 2024.
Deux anciens membres de cette division sont d'ailleurs accusés d'avoir transmis des fiches techniques à Justin Danwe, l'un des principaux accusés pour l'assassinat de Martinez Zogo. Maître Ashu, un des avocats de la partie civile, voit une avancée dans cette révélation : « Ce qui a conduit à l'arrestation de Martinez Zogo, et certains mobiles, sont en train de se déceler », a constaté l'avocat, mais « en l'état, nous ne pouvons pas dire s'il existe un lien direct entre ces données et son arrestation. »
Au sein des renseignements extérieurs, la DSE s'occupe, entre autres, du traçage numérique des cibles, via des écoutes téléphoniques et la localisation des terminaux. Surveillances et écoutes font partie des prérogatives de cette direction, selon Maître Seri, avocat de l'ancien directeur général de la DGRE, Maxime Eko Eko, lui aussi poursuivi dans cette affaire. Pour lui, la mise sur écoute d'une personne est « quelque chose de banal », « qui ne concerne pas que Martinez Zogo ». « Cela ne nécessite en rien une opération contre mon client », a appuyé l'avocat.
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Une question demeure pour autant : l'enlèvement, et le meurtre de Martinez Zogo avaient-ils été planifiés par les services de la DGRE, dont Maxime Eko Eko était le directeur général en 2023 ? À en croire James Elong, ancien directeur des opérations de la DGRE entendu pendant près de 12 heures le 5 janvier, ou encore Madame Moudié, l'assassinat de Martinez Zogo aurait été le fruit d'une opération clandestine au sein des services de renseignements extérieurs.
Retour sur l'affaire Martinez Zogo
Le 22 janvier 2023, au matin, les Camerounais apprennent la découverte du corps sans vie de Martinez Zogo - Arsène Salomon Mbani Zogo de son vrai nom -, animateur d'une émission de radio très populaire à Yaoundé. Il avait 51 ans et laissait derrière lui une femme et des enfants. Tous les matins, en semaine, dans son émission « Embouteillages », il invectivait, dénonçait, vitupérait contre les maux de la société camerounaise et contre les puissants, à l'exception du président, Paul Biya, qu'il encensait.
Enlevé le 17 janvier, dans la soirée, il est retrouvé sans vie, nu sur un terrain à 25 kilomètres environ de la capitale, portant des traces de sévices.
En fermant l'information judiciaire, le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie, troisième juge d'instruction militaire en charge de l'enquête, a renvoyé en instance de jugement 17 accusés, tous détenus. Parmi eux : l'ancien patron de la DGRE (le service de contre-espionnage camerounais) Léopold Maxime Eko Eko, le lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations à la DGRE, le patron du groupe de presse l'Anecdote Jean-Pierre Amougou Belinga, et l'édile Stéphane Martin Savom, cadre administratif et maire de Bibey, commune de la région Centre du Cameroun.
Resté longtemps enlisé dans des questions de procédure, le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration de l'affaire Martinez Zogo s'est ouvert le lundi 25 mars 2024 au tribunal militaire de Yaoundé. Les débats sur le fonds ont commencé le 1er septembre 2025. Le corps de Martinez Zogo est toujours à la morgue.