Depuis quelque temps, un débat sur la décision de l'état du Sénégal de recourir au marché financier pour obtenir de la liquidité occupe l'espace public. Pour certains, le risque est réel, pour d'autres, il s'agit d'une option parmi tant d'autres. Dans le débat public, les mots marché financier, titres publics ou endettement font souvent peur. En quoi cela consiste-t-il ? Nous avons sollicité l'éclairage de l'économiste Mouhamed Dia.
Il estime que dans un monde parfait, au lieu de s'endetter, n'importe quel gouvernement devrait accroître les ressources nationales avec une politique fiscale optimale. Mais, ce monde parfait n'existant pas, alors que les besoins sont nombreux, les urgences sociales réelles et les ressources internes souvent insuffisantes, il faut trouver des alternatives. C'est dans ce contexte que le marché financier devient un outil essentiel. Il s'agit, avant tout, d'un espace où l'on prête et emprunte de l'argent à moyen et long terme.
Lorsqu'un État a besoin de financer des routes, des écoles, des hôpitaux ou de soutenir l'économie, il peut aller sur ce marché pour mobiliser des ressources. Pour cela, l'État lance un appel public à l'épargne. En termes simples, il demande aux banques, aux institutions financières et parfois aux particuliers de lui prêter de l'argent.
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En échange, il émet des titres publics. Ainsi donc, celui qui achète un titre public prête de l'argent à l'État. En retour, l'État s'engage à rembourser le montant emprunté, avec des intérêts, à une date déterminée. L'un des grands avantages de ce système est qu'il permet à l'État de ne pas dépendre uniquement des crédits bancaires. Il peut diversifier ses sources de financement et mieux gérer sa dette.
Mais, pour que cela fonctionne, la confiance est essentielle. L'essentiel, précise l'économiste Mouhamed Dia, est de renforcer la crédibilité parce que cela témoigne de la confiance des investisseurs tant au niveau national qu'international. Dans l'espace Uemoa, le rôle des banques est central. Elles détiennent la majorité des titres publics émis par les États. En utilisant l'épargne des ménages, elles financent indirectement les économies nationales. Cette situation est d'autant plus importante que la banque centrale ne peut pas prêter directement aux gouvernements.
Les titres publics présentent aussi des avantages rassurants. Le partage d'une même monnaie et d'une banque centrale réduit le risque de change. De plus, le marché n'a pas enregistré de défaut de paiement ; ce qui renforce la confiance des investisseurs. L'État peut également choisir la manière de rembourser sa dette, soit en une seule fois à la fin, soit progressivement sur plusieurs années. Cependant, tout n'est pas sans risque.