Sénégal: Centre Aminata Mbaye - Les enfants déficients intellectuels expriment leur génie

7 Janvier 2026

Situé au cœur des Hlm Grand Yoff, le centre Aminata Mbaye est une école unique. Elle révèle le génie des enfants déficients intellectuels à travers des ateliers variés et une pédagogie adaptée.

Dès l'entrée, une atmosphère d'accueil et de bienveillance enveloppe le visiteur. Les murs colorés sont ornés de dessins, de photos et de mots encourageants, témoignant de l'énergie positive qui y règne. Les enfants s'y sentent à l'aise. Nous sommes au Centre Aminata Mbaye, un établissement spécialisé situé aux Hlm Grand Yoff. Il accueille des enfants vivant avec un handicap : trisomie 21, autisme, infirmité motrice cérébrale (Imc) ou d'autres troubles associés à la déficience intellectuelle.

Démarré en 2003 avec 8 enfants, cette structure compte, aujourd'hui, 172 élèves répartis dans 11 classes et 7 ateliers : sérigraphie, horticulture, couture, poterie, céramique, cuisine ainsi que des activités sportives, documentaires et une salle informatique.

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Dans ce centre, les classes portent des noms d'insectes. On y trouve les Coccinelles 1, 2 et 3, les Fourmis 1, 2 et 3, les Termites 1 et 2, et enfin les Abeilles 1, 2 et 3. « C'est par rapport aux différentes capacités de ces insectes qu'on a choisi les noms des classes. Au fur et à mesure que les enfants évoluent dans les classes, ils deviennent autonomes parce qu'ils acquièrent de nouvelles connaissances », a expliqué Mame Diarra Bousso Sèye, responsable pédagogique de la section numéro 1 de l'établissement.

Dans cette école, chaque enfant progresse à son propre rythme, notamment en mathématiques, en lecture et en formation syllabique. Certains avancent plus rapidement que d'autres. Pour faciliter la communication, les éducateurs utilisent beaucoup d'images et de pictogrammes, car certains enfants ont un vocabulaire encore limité. Ces supports leur permettent d'apprendre le vocabulaire et de mieux s'exprimer. Dans cet établissement, la notion d'âge ne compte pas trop.

La première classe accueille des enfants âgés entre 5 et 7 ans. Ici, la règle fixée est de refermer la porte aussitôt qu'on entre ou qu'on sorte de la salle. Parce qu'explique la responsable pédagogique, « ce sont souvent des enfants qui, chez eux, sont enfermés, ils n'ont pas l'habitude de sortir. C'est ce qui fait que pour la plupart, quand ils arrivent ici, ils ont envie de sortir de la classe, de courir, de voir l'espace ». Elle poursuit : « c'est en fonction de leurs aptitudes et de leurs capacités qu'on les met dans une même classe. Ils font l'identification des couleurs, des activités pré-mathématiques, des activités de puzzle.

On travaille leur stabilité. Ce qu'on recherche, c'est qu'ils puissent rester assis pendant dix à quinze minutes. C'est ce qui va leur permettre d'être concentrés dans les futures classes ». À quelque pas de la première salle, se trouve l'atelier de la sérigraphie, créé il y a deux ans. Un calme plat y règne. Les élèves sont concentrés sur leur travail. Certains colorient librement, d'autres dessinent. Chacun veut réussir sa tâche. Frédérico, adulte souffrant d'autisme, se distingue par sa profonde concentration. Silencieux, mais expressif ! Ses œuvres parlent pour lui.

À travers ses dessins minutieux et magnifiques, il communique ses pensées, ses émotions et sa vision. Face à lui, même la présence de personnes étrangères ne le perturbe pas. Il reste totalement immergé dans son art, comme dans une bulle de créativité. Ses dessins, pleins de détails et de sensibilité, sont transmis à la salle couture, où ils vont inspirer d'autres projets et créations. Il a découvert et développé ses talents artistiques grâce au centre Aminata Mbaye qu'il a intégré il y a quelques années.

« La qualité première pour encadrer ces enfants, c'est d'avoir un grand coeur, être patient et savoir rester avec le temps pour avoir des résultats dans le futur. J'insiste sur la patience, elle est très importante », a expliqué le professeur Maguette Guèye, artiste plasticien et éducateur spécialisé, ajoutant que les enfants font différentes sortes de modules d'art.

On peut citer des impressions sur tee-shirt, sur sacs et d'autres articles. « J'ai des enfants qui sont actuellement très autonomes sur beaucoup de choses », s'est-il réjoui, non sans renseigner que c'est l'atelier de sérigraphie où se font tous les dessins utilisés par l'atelier de couture. Après l'atelier de sérigraphie, cap sur celui de l'horticulture. Il est celui qui attire le plus. Selon la responsable pédagogique, au début de l'année, cet atelier est presque vide.

Ce sont les élèves, à leur arrivée, qui s'occupent de préparer la terre, de délimiter les espaces, de prendre les mesures, de retourner la terre et de planter les graines. « Souvent, ceux qui sortent de cet atelier trouvent un emploi dans des entreprises d'entretien des espaces verts ou chez des particuliers possédant un jardin, où ils sont embauchés pour aider à l'entretien. C'est un atelier qu'ils apprécient beaucoup, notamment pour des activités comme l'arrosage ou la mise en terre des graines », explique-t-elle.

À l'atelier de la poterie, des élèves restent en permanence pour apprendre un métier manuel. Ici également, les tâches sont réparties. Certains préparent l'argile en la pilant. D'autres la tamisent et la mettent dans des bassines pour la traiter. Ils l'utilisent ensuite pour fabriquer des bols de soupe, des tasses à café, des cendriers, des encriers, des vases, entre autres produits.

Ces derniers seront exposés à la boutique de l'école. À proximité de l'atelier de poterie, celui de la cuisine se dévoile. Contrairement aux autres, ici, règne une ambiance conviviale. Le respect des règles d'hygiène est de rigueur. Il s'agit du lavage des mains, du port de gants, de bonnets et de tabliers.

Certains enfants sont assignés à la plonge, d'autres à l'épluchage des légumes. Les uns préparent le jus, d'autres travaillent sur les cacahuètes qu'ils mettent dans des bouteilles. « Souvent, ces enfants sont intégrés dans des hôtels, des restaurants partenaires ou des cafétérias, ce qui leur permet de se familiariser avec le monde de la restauration », a fait savoir Mame Diarra Bousso Sèye.

Ce centre apporte de la stabilité à ces jeunes déficients intellectuels et les encourage à un comportement calme. Chaque atelier, chaque geste, est un pas vers un avenir plus inclusif, où chaque enfant, avec ses talents et ses difficultés, trouve sa place dans la société.

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