Ile Maurice: Gouverner l'austérité (ou subir le ressentiment)

Le courage du diagnostic, sans le courage de la méthode, ne suffit plus. Le discours du Nouvel An de Navin Ramgoolam a acté une rupture : fin des illusions, acceptation de l'impopularité, reconnaissance des contraintes démographiques et budgétaires. Très bien. Mais l'histoire ne juge presque jamais les dirigeants sur leurs constats. Elle les juge surtout sur leur capacité à transformer l'austérité en projet.

C'est ici que la question de la gouvernance devient centrale.

Car l'austérité, si elle n'est qu'une suite de restrictions comptables, nourrit le ressentiment. Mais si elle devient un instrument de refondation de l'État, elle peut produire de la légitimité. L'exemple français est éclairant : la fin des privilèges à vie des anciens présidents n'est pas qu'un geste budgétaire. C'est un signal moral. Un message clair : le pouvoir n'est pas une rente.

À Maurice, ce chantier reste largement ouvert.

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Première exigence : l'exemplarité institutionnelle

On ne demande pas au pays de se serrer la ceinture quand l'État lui-même refuse de desserrer la sienne. Réviser les régimes de retraite des élus avant de considérer une augmentation de leur nombre sous le couvert d'une réforme électorale, plafonner les avantages post-mandat, rationaliser les boards publics, mettre fin à la confusion entre récompense politique et compétence technique. Ces décisions ne sont jamais populaires dans les cercles du pouvoir. Mais elles sont immédiatement lisibles par la population.

Deuxième exigence : une revue nationale stratégique, et pas un énième rapport

Maurice ne manque pas d'idées. Elle manque de hiérarchie. Ce qu'il faut, c'est une revue transversale de nos choix macroéconomiques : fiscalité, commerce, énergie, alimentation, capital humain. Pas par silos, mais par arbitrages assumés. Où voulons-nous produire localement ? Que devons-nous protéger intelligemment ? Que devons-nous ouvrir sans naïveté ? Cette revue doit être politique, débattue, assumée, pas abandonnée à la technostructure.

Troisième exigence : un bouclier productif ciblé et conditionnel

Le mot a été galvaudé, souvent vidé de sa rationalité. Mais face à la géopolitique des nouveaux impérialismes, la production locale n'est plus un luxe idéologique. Elle est une condition de survie. Protection alimentaire minimale, soutien ciblé aux filières exportatrices, accès préférentiel au financement pour les entreprises qui investissent dans la productivité, la R&D, la formation, l'intelligence artificielle. Le soutien public doit redevenir contractuel : aide contre transformation.

Quatrième exigence : réécrire le contrat entre État, marché et citoyen

Que les adeptes de la main invisible réécrivent leurs manuels. Le libre-échange new look, réduit à un bilatéralisme opportuniste, ne produit ni souveraineté ni prospérité durable. Mais l'État stratège ne peut pas être un État omniprésent et inefficace. Gouverner le prochain quart de siècle suppose un État qui fixe le cap, investit dans les fondamentaux - éducation, énergie, données, infrastructures - et laisse l'innovation faire le reste, sous surveillance, pas sous abandon.

Cinquième exigence : gouverner le temps long, pas seulement l'urgence

Le gouffre des finances publiques n'est pas encore refermé. Les déficits perdurent, même si leur trajectoire se stabilise. Dire la vérité est nécessaire. Organiser la transition est indispensable. Cela suppose une trajectoire budgétaire pluriannuelle crédible, des indicateurs publics de performance des politiques publiques, une évaluation indépendante des grandes dépenses sociales. L'État-providence ne survivra pas sans productivité. La productivité ne naîtra pas sans confiance.

Enfin, la question que tout le monde évite, celle de la succession.

Vision 2050 ne peut être crédible si elle repose sur des figures du XXe siècle sans transmission organisée. Gouverner, c'est aussi préparer l'après. Clarifier les règles de mandats, organiser la relève, ouvrir l'espace politique sans le confisquer. Les extrêmes prospèrent toujours dans le flou. Un cap clair reste le seul antidote durable.

Ramgoolam a choisi la vérité rugueuse plutôt que le confort des promesses. C'est un début. Mais le pays n'attend plus seulement des discours courageux. Il attend une architecture de gouvernance capable de transformer l'austérité en projet collectif, la contrainte en horizon, et le sacrifice en sens. À ce prix seulement, 2050 cessera d'être un slogan pour devenir une trajectoire.

Six décisions symboliques qui pourraient changer la donne 

Fin des privilèges à vie des anciens élus

Retraites, avantages et nominations automatiques revus à la baisse ou supprimés.

  1. Plafonnement strict des «boards» publics Compétence, mandat limité, évaluation annuelle indépendante. 
  2. Trajectoire budgétaire pluriannuelle votée au Parlement

Fin du pilotage à vue, obligation de cohérence sur cinq ans.

4.Contrats de performance pour toute aide publique aux entreprises

Pas d'aide sans innovation, productivité ou emploi qualifié.

  1. Revue nationale stratégique tous les cinq ans Arbitrages clairs, rendus publics, sur production, protection et ouverture.
  2. Clarification des règles de succession et de mandats Gouverner, ce n'est pas s'installer ; c'est préparer la continuité démocratique.

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