À peine l'année entamée que les accidents de la route refont déjà la une. Certains se soldent par des drames, d'autres par des sorties de route spectaculaires, rappelant une réalité persistante : l'incivisme règne sur les routes mauriciennes.
Face à cette situation préoccupante, les autorités ont annoncé leur intention de durcir le ton en 2026. Mais pour les professionnels du secteur, l'intensification des sanctions ne suffira pas. Une réforme plus globale, incluant le système d'octroi du permis de conduire, s'impose.
Pour Barlen Munusami, expert en sécurité routière, la sévérité des lois n'est pas le principal problème. Il cite en exemple les dispositions concernant la conduite dangereuse, dont les amendes ont été revues à la hausse, avec des sanctions plus lourdes en cas de récidive.
«Le souci, ce n'est pas tant la loi que le délai de son application. Une personne peut voir son cas être entendu en cour après un an, voire deux ans. Entre-temps, cela ne change rien à son comportement», explique-t-il.
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Selon lui, la General Deterrence Theory pourrait être davantage exploitée. Celle-ci repose sur trois piliers essentiels. D'abord, la swiftness, c'est-à-dire la rapidité de la sanction. «Le cas doit passer rapidement en cour.»
Ensuite, la sévérité de la peine doit dépasser le bénéfice tiré de l'infraction. Enfin, le principe de certainty : «Un conducteur doit savoir qu'il peut être contrôlé par la police à tout moment, peu importe l'heure ou l'endroit. Et la sanction doit être la même pour tous, sans privilège lié à des relations ou à un statut.»
L'expert insiste sur la nécessité de lois appliquées de manière rigoureuse et rapide. «Depuis l'introduction de nouvelles mesures, certains conducteurs ont déjà été verbalisés. Mais la sanction tarde. Il y a des cas où les personnes passent en cour après trois ans. La loi doit être mieux appliquée et, surtout, plus rapidement.»
Il estime toutefois que l'entrée en vigueur du permis à points pourrait amorcer un changement de comportement de la part de certains usagers de la route. Il rappelle également qu'un faux communiqué circulant sur les réseaux sociaux concernant la perte de points a été formellement démenti par le ministère du Transport.
De son côté, Asraf Sohawon, président de la Driving Instructors' Association, estime que l'incivisme sur les routes met aussi en lumière les failles du système d'obtention du permis de conduire, qu'il juge dépassé. «Il est temps de revoir ce modèle. On ne peut pas se contenter de faire deux tours autour des Casernes centrales et obtenir une licence», affirme-t-il. Il plaide pour un passage obligatoire par une véritable auto-école, incluant des cours théoriques structurés. «Cela permettrait aux futurs conducteurs d'avoir les bases dès le départ. Aujourd'hui, on voit des U-turns sur des routes principales, des dépassements sur des passages piétons, malgré une signalisation claire.»
Selon lui, l'examen pratique devrait également être revu. «On ne peut pas évaluer un conducteur sur une si courte distance. Pourquoi ne pas inclure un trajet sur l'autoroute, jusqu'à la Place-d'Armes par exemple, avec un examen d'au moins 45 minutes ?» Une telle approche permettrait, selon lui, d'évaluer la conduite en conditions réelles.
Des amendes plus corsées
Concernant le permis à points, Asraf Sohawon estime que la mesure tombe à pic. «Certains professionnels seront surpris de voir leurs points s'envoler. Beaucoup ont pris l'habitude de mal conduire et ne changent d'attitude que lorsqu'ils voient la police. Ce système peut réellement mener à une prise de conscience.»
Il souligne toutefois certaines zones grises, notamment lorsqu'un dépassement sur ligne blanche devient inévitable en raison de véhicules mal stationnés, de piétons imprudents ou d'arrêts de bus mal situés.
«Cela démontre que la théorie doit être mise en pratique, d'où l'importance d'un apprentissage de qualité.» Il va même plus loin en suggérant une éventuelle privatisation des centres d'examen, confiés à un organisme indépendant, distinct des forces de l'ordre.
Lundi, le ministère du Transport a justement publié un communiqué précisant les modalités du permis à points. Les infractions entraîneront une déduction de 2 à 10 points, valables sur une période de 36 mois.
Les amendes ont également été revues à la hausse. Pourcausing death by dangerous driving, les pénalités passent de Rs 50 000 à Rs 100 000 pour une première infraction et de Rs 200 000 à Rs 500 000 pour une seconde.
Les sanctions pour conduite sous l'influence de l'alcool ou de la drogue ont également doublé. À présent, il faut attendre que le système informatique de la police et du judiciaire soit actif.
Autant de mesures qui, selon les professionnels, devront impérativement être accompagnées d'une application rigoureuse et d'une réforme en profondeur du système de formation pour espérer rendre les routes plus sûres.