On l'appelait « Coplan », un sobriquet qui tire sa source de Francis Coplan, un personnage de fiction ayant donné son nom à une série à succès de romans policiers et de romans d'espionnage. Coplan est donc mort. Claude Pivi de son vrai nom, officier militaire, membre du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et proche collaborateur de l'ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara, a rendu l'âme à 66 ans dans un hôpital militaire de Conakry, après y avoir été transféré en urgence.
Selon le parquet, sa mort serait liée à des complications médicales, notamment un diabète chronique ayant provoqué un coma hypoglycémique. Une autopsie médico-légale a été ordonnée afin de « confirmer les causes et les circonstances du décès », a précisé le magistrat.
Né en 1960 à Nzérékoré, le défunt s'est révélé au grand public après le coup d'Etat de Moussa Dadis Camara en Guinée, dont il sera le ministre chargé de la Sécurité présidentielle, l'éminence grise. Il rentrera dans l'histoire guinéenne comme l'un des principaux acteurs du massacre du 28 septembre 2009.
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Ce jour-là, dans le stade éponyme, des milliers de Guinéens qui manifestaient contre les velléités de Moussa Dadis Camara de se présenter à la présidentielle de 2010 ont été littéralement massacrés. Bilan : 156 morts par balles, couteaux, machettes ou baïonnettes, de nombreux blessés, au moins 109 femmes violées qui portent encore les stigmates de cette funeste journée, une quinzaine d'années après, ainsi que des dizaines de personnes portées disparues. Les enquêteurs de l'ONU avaient qualifié ces violences de possibles crimes contre l'humanité. Plus d'une décennie après, précisément en 2022, le procès tant attendu a fini par avoir lieu, lequel s'est achevé en juillet 2024. Le colonel Claude Pivi y avait été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 25 ans.
Il faut croire que Pivi n'avait pas volé son surnom. Emprisonné dans le cadre de cette affaire où il était accusé notamment de complicité d'assassinat, de viol et de torture, celui qu'on créditait de pouvoirs mystiques s'était évadé de la maison d'arrêt centrale de Conakry en 2023, à la faveur d'une opération militaire spectaculaire, qui avait également permis la fuite de plusieurs autres accusés, dont Moussa Dadis Camara, sa tête mise à prix pour 50 000 dollars (44 000 euros), avant d'être alpagué et extradé vers la Guinée le 17 septembre 2024, quelque dix mois après au Liberia.
Depuis son retour, il purgeait sa peine à la prison de haute sécurité de Coyah, près de la capitale. Il s'en va donc alors que son patron et mentor, condamné à 20 ans de prison, a bénéficié en 2025 d'une grâce présidentielle dans des circonstances fumeuses qui ont scandalisé nombre de personnes. Un élargissement qui sonnait comme une seconde mort pour les suppliciés du 28-Septembre.
Pivi s'éclipse alors qu'une chape de plomb s'est abattue sur la Guinée, avec le coup d'Etat du général Mamady Doumbouya le 5 septembre 2021. Un Mamady Doumbouya qui vient d'ailleurs de légaliser « démocratiquement » le pouvoir qu'il a conquis du bout de la baïonnette.