Afrique: CAN 2025 - Sous les pavés d'Agadir, la plage et le foot

Pour n'importe quel touriste qui débarque à Agadir, même en temps de CAN, la station balnéaire ne ressemble pas à une ville de foot. Mais en s'enfonçant dans la culture locale, on se rend vite compte que le ballon rond fait également battre le coeur de la localité au sud-ouest de Marrakech.

Fin décembre, la corniche d'Agadir, où se concentrent hôtels, restaurants et boites de nuit face à l'océan, fourmille d'Occidentaux venus passer les fêtes dans cette station balnéaire au sud-ouest de Marrakech. Peu d'entre eux ont fait le voyage pour assister aux matchs de la CAN. Certains sont tout de même happés par le son trop fort d'une télé, dans un café où est diffusé un match du Maroc.

Mais ici, les zones touristiques sont plus prisées par les surfeurs et les vacanciers que les amateurs de foot, même en temps de CAN. Pourtant, Agadir est une ville de ballon rond. Il faut gratter le verni, entre adresses de restauration sans âme et groupes de sexagénaires venus couler quelques beaux jours au soleil.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

En partant du Souk El Had, point de passage obligatoire pour les touristes en quête de souvenirs à prix négociable et les locaux venus manger un msemen pas cher, en déambulant au hasard, impossible de ne pas tomber sur un « terrain de proximité », du nom donné à ces morceaux de gazon synthétiques, oasis artificiels plantés dans un tissu urbain dense. La ville en comptait déjà plusieurs dizaines, au début de la décennie 2020. Depuis, une grosse vingtaine a encore poussé, livrés entre 2020 et 2024, dans le cadre d'un plan de développement urbain, connecté aux investissements spectaculaires réalisés par le royaume autour du football.

Celui de Sidi Youssef est bien antérieur à tout cela, et il est peut-être le pire de toute la ville. Pourtant, deux coachs préparent leur séance d'entraînement en milieu de l'après-midi. D'ici peu de temps, ce sera l'heure de la sortie des classes. Les U14 et U15 du Hassania Agadir (HUSA), principal étendard du football local évoluant en première division marocaine, vont venir s'y entraîner. « Tous les terrains de la ville sont pris, c'est le bazar, on n'a pas le choix », expliquent les deux entraîneurs, s'aidant l'un l'autre à se faire comprendre dans un mélange de Français et d'Anglais, haché par quelques mots d'arabe.

Le Hassania, marqueur culturel et identitaire

En cette période de CAN, difficile de trouver un terrain de taille 11 contre 11 pour s'y entraîner. Ceux de bonne qualité à quelques encablures de la ville sont réservés aux entraînements des sélections comme le Cameroun, l'Égypte ou le Gabon, qui ont installé leur camp de base dans le coin. Les autres sont déjà pris, trop petits ou en travaux. Pourtant, le Hassania, à Agadir, ce n'est pas rien. En temps normal, hors CAN et travaux de rénovation, l'équipe première évolue au stade Adrar, avec 45 000 places animées par les ultras Imazighen.

Plus qu'un simple groupe de supporters, ils sont un peu, à eux seuls, la ville d'Agadir. Avec une identitée berbère revendiquée, que le club endosse volontiers, les ultras Imazighen sont aussi un des marqueurs identitaires de la cité. « J'avoue que j'étais surpris par l'ambiance, ils sont vraiment chauds », sourit Rodrigue Kossi, milieu de terrain béninois qui a signé au club au dernier mercato. Plus globalement, dans la ville, « partout où tu passes, les gens savent que vous êtes des acteurs de la ville (en tant que joueur) et ils essaient de vous pousser en montrant qu'ils sont là pour vous. (...) Les supporters respirent le football », insiste l'international béninois.

Mais revenons à notre « synthé » endommagé de Sidi Youssef. Mohamed, 12 ans, licencié au Standard de Liège en Belgique, vient d'y débarquer avec une paire de crampons et un ballon. L'enfant, venu à Agadir avec son père pour les vacances, lâche un sourire gêné en voyant l'état du terrain. Il espérait un coin de pelouse pour faire quelques gammes, histoire de revenir dans son club en forme pour la rentrée. « On va chercher un autre terrain, tu veux venir avec nous ? », lâche le paternel.

Sur la route, on passe par le « Barreau est-ouest », une artère qui traverse la ville où les terrains de foot de cinq contre cinq tout neufs ont poussé un peu partout. Depuis la voiture, on en compte au moins dix le long de la route, qui se tiennent sur cinq kilomètres. Arrivés à destination dans le quartier d'Essalam, Mohamed et son père trouvent un autre coach du Hassania, celui des U13 cette fois. Un autre terrain en plein coeur de la ville, en bien meilleur état que celui-là, a été attribué à ses jeunes pousses. Après quelques palabres et une poignée de main, l'éducateur accepte de prendre Mohamed sous son aile le temps d'une séance.

Des terrains, encore des terrains, trop de terrains ?

Son groupe partage la pelouse artificielle chauffée par le soleil, chose rare en cet hiver extrêmement pluvieux, avec un autre groupe d'enfants. Il s'agit d'un entraînement de la branche locale de l'Académie Mohamed VI. Un centre de formation basé à Salé, bâti il y a 15 ans, près de Rabat, où sont passés des joueurs comme Nayef Aguerd ou Azzedine Ounahi. On y forme les joyaux du football marocain. L'Académie a donc choisi Agadir pour faire pousser une de ses antennes. « Le mien, c'est le petit numéro 7, là, qui a le ballon », lâche un papa derrière la main courante, fier comme pas deux.

Il faut dire que cette académie, c'est un peu une des fiertés du royaume, qui a vu sa sélection arriver en demi-finale de la Coupe du monde 2022. Une première pour une sélection africaine. Une telle académie obligée de partager un terrain en plein après-midi ? Puisqu'on vous dit que c'est la crise à Agadir. Entre les associations de quartier, les particuliers qui louent les terrains de proximité à l'heure, les clubs et les académies privées qui proposent des activités footballistiques pour les enfants, à partir de 16h, en semaine comme le week-end, les terrains sont doucement pris d'assaut.

D'ici à deux ans environ, on devrait y voir plus clair sur les gazons synthétiques d'Agadir. Le Hassania a lancé un grand projet de construction d'un complexe d'entraînement, adossé au stade Adrar récemment rénové. Un nouvel investissement qui peut donner une impression d'un peu trop. Surtout dans une région où sont nées les manifestations de la « Gen Z 212 », qui réclamait une refonte du système de santé et d'éducation par des terrains de foot.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 120 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.