Gabon: Le pays change-t-il vraiment sous Brice Oligui Nguema ?

Selon des analystes, plusieurs pratiques dénoncées à l'époque du régime déchu tendent à persister, notamment les malversations financières.

Au Gabon, ce début d'année a été marqué par l'annonce d'un nouveau gouvernement. La nouvelle équipe est composée de 31 membres, mais certaines figures de l'ancien pouvoir en font partie, faisant redouter une continuité plus qu'une rupture.

Après 55 années de pouvoir de la famille Bongo, de nombreux Gabonais avaient fondé un espoir sur Brice Oligui Nguema, le général qui, le 30 août 2023, a renversé Ali Bongo Ondimba.

Lassés par plus de cinquante années de pouvoir dynastique, ces Gabonais espéraient une rupture avec la gouvernance des Bongo : notamment dans la lutte contre la corruption, le népotisme et la mauvaise gouvernance.

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Un changement qui devait reposer surtout sur de nouveaux visages. Or, si de nouvelles personnalités politiques ont émergé, certaines pratiques rappellent le pouvoir précédent.

"Le peuple est en train de devenir dubitatif parce que plusieurs pratiques dénoncées à l'époque du régime déchu tendent à persister. Il s'agit de l'insécurité, avec les crimes rituels, la question des détournements de fonds publics qui persistent et qui ne sont plus l'apanage des régimes Bongo Omar ou Bongo Ali", explique Jonathan Ndoutoume Ngom, enseignant en géopolitique à l'université de Libreville et ancien ministre gabonais.

Le retour de plusieurs personnalités de l'ancien régime

Aussi bien au sein du gouvernement que dans les institutions, on retrouve aussi des personnalités qui ont servi sous les précédents pouvoirs.

"On a quand même quelques anciens, notamment Alexandre Barro Chambrier, qui est vice-président de la République. C'est une figure qui est connue depuis l'époque d'Omar Bongo. Il avait été dans les différents gouvernements d'Ali Bongo. Il y a aussi Guy-Bertrand Mapangou, un ancien du PDG (l'ex-parti au pouvoir) qui a été nommé président du Conseil économique et social. Il y a un savant dosage entre les anciennes et les nouvelles figures."

Modeste Abagha Assecko est analyste politique et il conteste l'existence d'une réelle rupture.

"La rupture fut de courte durée pendant la transition. Ce fut un choix de nécessité utile à la légitimation. Mais le choix d'être un homme fort plutôt qu'un faire-valoir d'institutions fortes, le retour aux ministres de l'ancien régime, indiquent tout le contraire d'une rupture" explique-t-il.

La nomination de la nouvelle équipe gouvernementale intervient dans un contexte de grogne sociale. Les enseignants du primaire et du secondaire sont en grève depuis ce 5 janvier et le personnel de santé menace lui aussi de débrayer.

Attentes et acquis

Les attentes des populations restent fortes en matière d'accès à l'eau potable et à l'électricité. Quant aux jeunes, ils veulent des actions fortes dans la lutte contre le chômage.

Pour Jonathan Ndoutoume Ngom, certains acquis sont toutefois à mettre à l'actif du président Brice Oligui Nguema.

"Il y a quand même eu l'amélioration de certaines infrastructures, que ce soit à Libreville ou dans l'intérieur du pays. Il y a eu aussi des changements au niveau de la gouvernance, même si certaines habitudes tendent à persister. Vous savez, un retard de 14 ou 56 ans ne peut pas se rattraper en deux ans" analyse l'expert.

Les attentes sont donc fortes pour la nouvelle équipe gouvernementale : maintenir la stabilité politique et économique, agir efficacement contre la cherté de la vie et améliorer le quotidien des Gabonais.

Pour le président Brice Oligui Nguema, élu à l'issue du scrutin du 12 avril, il s'agit de transformer les promesses de la transition militaire en résultats concrets pour ses compatriotes.

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